L’Église catholique face aux abus sexuels sur des mineurs

Il est malheureux de constater que, lorsqu’on parle de l’Église dans nos médias de nos jours, c’est bien souvent pour dénoncer — avec raison — les trop nombreux abus sexuels posés par des religieux sur des mineurs. L’ampleur du problème et l’horreur qu’il évoque laissent plus d’un croyant pantois et révèlent toute l’ampleur d’une crise qui a été trop longtemps ignorée ou minimisée. Avec L’Église catholique face aux abus sexuels sur des mineurs (Novalis, 2019), Marie-Jo Thiel nous offre une référence incontournable pour saisir tous les enjeux de cette situation condamnable.

Un mot d’abord sur l’auteure. Médecin et philosophe, elle est professeure d’éthique à la Faculté de théologie de l’Université de Strasbourg. Spécifiquement intéressée par les questions de bioéthique en lien avec la société, elle est très bien placée pour étudier et comprendre les enjeux liés aux abus sexuels. Son expertise a d’ailleurs été reconnue par le pape François qui l’a nommée membre de l’Académie pontificale pour la vie en 2017.

L’ouvrage, très académique, présente un portrait complet de la situation en offrant aux lecteurs les outils intellectuels nécessaires pour comprendre l’ampleur de la crise. Ce n’est donc pas une lecture facile ou légère. Grosso modo, le livre peut être divisé en deux grandes parties. La première met d’abord la table en déployant les contextes historiques, en offrant des définitions et en dévoilant les faits, alors que la deuxième tente d’offrir une explication des causes de la crise et des pistes de solution.

Les premiers chapitres de L’Église catholique face aux abus sexuels sur des mineurs sont bouleversants à bien des égards. Devant l’étendue historique du phénomène (car des abus, il y en a eu à toutes les époques) et les tentatives parfois maladroites de le nommer, les réponses juridiques semblent souvent beaucoup trop faibles. Surtout lorsqu’on réalise que l’on a commencé à réellement écouter les victimes que très récemment.

Les chapitres suivants sont tout aussi dérangeants. Les portraits psychologiques des victimes et des agresseurs, présentés successivement, font voir toute la souffrance et la détresse créées par ces gestes. Vient alors le chapitre le plus troublant d’un point de vue du croyant attaché à son Église, soit celui qui révèle l’ampleur du phénomène dans le catholicisme et les réponses successives du magistère romain. On comprend dès lors que la partie est loin d’être gagnée.

Les éléments d’analyse visant à expliciter les causes de la crise sont abordés dans une perspective favorisant les rapprochements dans le but d’offrir une vision globale. Est alors examinée toute une série de thèmes qui ressemblent aux différentes facettes d’une même pierre : le pouvoir dans l’Église, la sexualité et le pouvoir, le célibat, le cléricalisme, les facteurs culturels et sociaux, etc.

Le dernier chapitre, quant à lui, reprend à bon compte nombre de recommandations énoncées par une grande variété d’intervenants sur le problème et met l’accent sur les bonnes pratiques en la matière : mieux former les religieux, mieux former les acteurs de terrain, développer des mécanismes de prévention et d’action en cas d’urgence et, bien sûr, prendre soin des victimes et les aider à reconstruire. Enfin une lueur d’espoir !

On pourrait reprocher à L’Église catholique face aux abus sexuels sur des mineurs sont ton académique, clinique même, qui laisse peu de place aux émotions. Cependant, c’est justement cette distance intellectuelle qui permet d’assimiler toute l’horreur et de développer une réponse appropriée pour accompagner les victimes. Car, c’est lorsque l’on refuse d’entendre les faits que les drames se répètent. N’ayons pas peur de faire face à l’horreur.

Image : And Jesus Wept, catullus1 (2007)

2 Comments

  1. Je n’ai pas lu le livre de Mme Thiel. Mais si je comprends bien l’analyse de M. Maltais, n’y a-t-il pas deux grandes réalités propres à l’Église catholique qui ne sont pas évoquées dans cet ouvrage? Soit le célibat comme condition obligatoire d’accès au sacerdoce et le refus de l’égalisé homme-femme dans l’organisation même de l’Église? Ces réalités n’expliquent pas tout. Mais on est un peu surpris qu’elles ne soient même pas mentionnées dans un livre qui tente de comprendre les sources de ces abus.

    Ronald Albert

  2. Bonjour monsieur Albert!

    Mon résumé ne peux malheureusement pas tout mentionner, mais oui, madame Thiel aborde ces deux questions en posant d’ailleurs de bonnes questions à leur sujet. Présenter tous les éléments d’un livre de 700 pages oblige à faire certains raccourcis quant au contenu.

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