Le nouveau clivage

Est-ce le signe que le sujet me passionne (ou me préoccupe) grandement ? Toujours est-il que cette semaine, je vous livre un nouveau billet sur notre perception par rapport à l’état du monde qui, somme toute, se porte relativement bien. Après l’analyse de notre exposition à la violence et la réflexion tous azimuts sur l’ouvrage de Jean-François Colosimo, je vous propose ici un virage politique en abordant le très bien nommé Le nouveau clivage de Jérôme Fourquet (Cerf, 2018).

Dans le cadre de ce livre, l’auteur s’interroge sur les forces qui permettent l’émergence (ou le retour ?) d’un certain national-populisme dans les démocraties occidentales. Ce courant se caractérise entre autres par un discours identitaire exclusif victimaire, un regain d’intérêt pour les frontières nationales et un pessimisme assumé quant à l’état du monde. Et son importance va grandissant, fracassant l’ancien clivage gauche-droite sur son passage.

Pour le présenter simplement, l’auteur cherche à démontrer que ces forces — clairement en œuvre lors du referendum sur la sortie de l’Union européenne en Grande-Bretagne, mais aussi dans les présidentielles françaises et états-uniennes — mettent en opposition les gagnants et les perdants de la mondialisation.

Loin d’en rester à une simple formulation-choc, Jérôme Fourquet y va plutôt d’une analyse approfondie, presque comté par comté, qui démontre la vigueur de ce clivage qui s’exemplifie par une série de binômes opposés dans des domaines aussi variés que l’éducation (études supérieures ou non), le travail (ouvriers ou salariés), le mode de vie (nomades ou sédentaires), la géographie (centre ou périphérie), le dynamisme économique (prospérité actuelle ou passée), l’immigration (pour ou contre) et, bien sûr, le rapport à la nation (implication ou désaffection) et l’ethnicité (majorité ou minorité culturelle).

L’analyse, si elle peut parfois être aride, porte admirablement à réfléchir. En effet, comment ne pas être interpellé par ces divisions d’opinion qui portent toutes en elle une part de vérité et de souffrance ? Car, en lisant Le nouveau clivage, il est difficile de ne pas comprendre — et de ne pas être empathique même — pourquoi un Donald Trump ou une Marine Le Pen ont pu se présenter en sauveurs et devenir les porte-étendards des revendications des oubliés de la mondialisation heureuse.

Si l’auteur ne s’est pas attardé à notre propre situation politique, le sujet fait néanmoins écho aux débats de notre société, surtout en cette période électorale. Et il nous renvoie à l’appel du pape François à aller vers les périphéries, car c’est là que se jouent les drames de notre époque. D’autant plus que, d’une certaine façon, nous sommes tous partie prenante de la périphérie d’un autre, d’où l’importance de remettre au goût du jour l’art du dialogue si difficile dans un contexte d’individualisme grandissant.

Image : High and low, Rich and poor (Explore), Tri Nguyen (2011)

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