Le Messie crucifié

Maurice Bellet a joué un rôle crucial dans ma vie intellectuelle comme dans ma vie de foi. Son maître ouvrage Le Dieu pervers a constitué l’essentiel de la grille d’analyse de mon mémoire sur Hector de Saint-Denys Garneau, et le travail de déconstruction des fausses images de Dieu qu’il y fait a ouvert en moi des chemins nouveaux pour pérégriner avec sérénité dans la vie spirituelle.

Dans les années qui ont suivi sa lecture, j’ai pu constater, chez moi comme chez plusieurs, à quel point l’image même de Dieu en tant qu’Amour pouvait faire des ravages. Car de manière imperceptible, en posant Dieu comme amour absolu, on en vient aisément à se sentir écrasé de culpabilité par cet amour : « Dieu, tu m’aimes tellement, je suis tellement loin de pouvoir t’aimer autant en retour, et encore moins mon prochain. » Bref, l’amour pur que l’on attribue à Dieu devient vite, lorsqu’il passe par les conduits d’air mal nettoyés de notre cœur compliqué, un amour tyrannique. Un amour pervers.

L’analyse de Bellet, à la croisée de la théologie et de la psychanalyse, s’est ensuite portée sur d’autres images problématiques de Dieu. Et dans son ultime ouvrage, Le Messie crucifié (Novalis, 2019) qu’il n’a pas eu le temps de réviser parfaitement avant de mourir le 5 avril 2018, c’est encore et toujours un pareil travail de déconstruction qui constitue la ligne de basse de sa méditation, qui se fait plus que jamais personnelle, voire intime, dans ce livre-testament.

Cette fois, il s’attaque à Dieu en tant que Christ en croix. Plus que l’image du Dieu Amour, qui est après tout une construction théologique (plus juste et essentielle que d’autres, il faut tout de même le souligner), celle d’un messie qui se laisse crucifier est plus littéralement fidèle aux événements fondateurs de la foi chrétienne. On pourrait même dire que l’image du Dieu Amour doit être constamment réajustée à celle, plus historique, de Jésus qui expire sur le Golgotha.

Mais la littéralité n’inocule nullement contre les dérives de la raison et de l’imagination. Comme toute image, celle du Messie en croix est susceptible d’être défigurée. On pense immédiatement au dolorisme, à cette tentation constante d’un certain christianisme à exalter la souffrance pour elle-même, de la considérer comme la source du salut et donc comme une fin en soi.

S’il est donc possible et hautement dommageable de passer cette image dans un filtre rouge sang, il est aussi possible d’en estomper les couleurs, de l’affadir. Bref, de refuser la subversion scandaleuse qui s’y laisse voir.

Bellet se montre donc soucieux de ne rien sacrifier tant aux idoles de gauche qu’à celles de droite. Avouons tout de même que les catholiques libéraux se trouveront naturellement plus à l’aise avec ses méditations, car on est ici très loin d’une réflexion scolastique et l’auteur a des vues parfois assez audacieuses.

Autre avertissement au lecteur : Bellet nous a habitués à une pensée parfois elliptique, mais ici, sa plume se fait plus impressionniste, moins linéaire que jamais. On a parfois le sentiment d’entrer dans une vision intérieure plus que de suivre une réflexion systématique.

Image: Crucifix, Joe Schulz (2013)

21 Comments

  1. pour changer le cours de l’humanité, c’est ponce pilate qui aurait dû être sur la croix.

  2. Merci Jonathan pour ton commentaire personnel, j’aime bien ce que tu décris de cet auteur, un autre livre intéressant à lire….
    Je suis en train de lire un livre que tu as certainement parcouru…pas neuf…de Jean d’Omersson, la Création du monde….roman? intéressant….
    Bon été, bonnes vacances si elles sont à venir! ???

    • Merci Claudette ! Elles sont à venir très bientôt, bien hâte de prendre du temps de qualité avec mon petit Henri. Un bel été à toi aussi.

  3. dieu est plus comme l’air, la terre, le ciel et l’eau c’est-à-dire éternel tandis que l’homme est plus un passager du temps.

  4. il faudrait poursuivre le travail de jésus et trouver des nouveaux passages pour nous aider à comprendre le monde qui vont au-delà des miracles et de la résurrection.

  5. sans tout le volet descriptif et verbiage de la bible, un nouveau testament moderne permettrait d’atteindre une religion suprême en quête de dieu et de la terre.

  6. après des centaines de messes, de mariages et de baptèmes, on devrait trouver d’autres chemins ou passages pour élever la vie spirituelle des autres.

  7. jésus a guéri des malades, des aveugles et nourri des gens, mais n’a pu guérir la source de la maladie, la source de l’aveuglement et la source de la faim là où se cache dieu.

  8. dieu est plus comme la nature que comme un humain, avez-vous déjà entendu la nature venir se plaindre qu’il fait trop chaud ou trop froid.

  9. l’esprit saint est plus comme la façon de regarder le soleil, l’alimentation que l’on prend, les gens qu’on fréquentent, les émissions qu’on écoutent que comme une force externe divine.

  10. depuis la résurrection presque rien de bon ne s’est présenté sur la terre et il faudrait une femme à la gauche de dieu.

  11. cela est bien beau la parole de dieu, mais cela prend des oreilles pour l’entendre.

  12. dieu a une longue portée l’homme a une petite portée, dieu crée l’homme prend, dieu est seul l’homme est multiple, dieu évolue l’homme ne change pas, dieu est homme et femme l’homme est femme ou homme.

  13. pour une paix permanente, il n’est pas suffisant de juste dire je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix.

  14. la personne malade est toujours celle qui est en face, dans le cas de jésus la personne malade était ponce pilate.

  15. il reste que plusieurs sujets ne sont pas traités dans la bible tels entre adam et ève et l’exode, l’amitié, la naissance, la nature et la famille.

  16. cela montre qu’il y a quelque chose de grand après et quelque chose d’encore plus grand encore plus loin.

  17. avant moise, abraham et jésus on savait peu de chose de la religion et après moise, abraham et jésus on en sait encore moins.

  18. le jésus que l’on connaît s’occupait des pauvres et des démunis, mais il faudrait un jésus qui s’occupe des riches et des puissants.

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