Le lexique du pape

Il n’est pas aisé de s’y retrouver au milieu de tous les ouvrages sur le pape François : il y en a tellement ! Alors en quoi le nouveau Pape François : Lexique, paru dernièrement au Cerf, se démarque-t-il du lot ?

Tout d’abord, par sa structure en lexique personnalisé. Les mots et les expressions retenus le sont dans la mesure où ils font partie du discours habituel de François (on a même droit à des mots atypiques, du genre « grinchus »), et où ils disent quelque chose de significatif sur sa vision des choses.

Ainsi, sans surprise, on retrouve l’entrée « Satan ». Dès le début du ministère de Jorge Bergoglio sur la chaire de saint Pierre, j’avais été frappé par son insistance à évoquer Satan, introduit comme une personne bien concrète. Le lexique nous apprend qu’il a déjà parlé du diable plus souvent que Jean-Paul II et de Benoît XVI dans les 35 ans qu’ont duré leurs pontificats ! Il n’est donc pas vain de tenter de mieux comprendre la nature des actions que François prête au démon. On y apprend ainsi que François considère Satan comme celui qui provoque ou nourrit la division… d’où ses encouragements constants à choisir la voie du dialogue, en vue de renforcer l’unité dans la différence.

Autre particularité de l’ouvrage : le ton n’est pas celui des experts, mais presque celui de la conversation. La majorité des articles commencent par une anecdote, et dans les quatre à sept pages de développement qui suivent, on trouve peu de jargon théologique ou ecclésiastique – d’autant moins que les textes sont rédigés de la main de rédacteurs provenant de plusieurs horizons. Cela procure une très grande lisibilité à l’ouvrage.

Mais l’intérêt de ce lexique découle principalement de l’honnêteté de son approche ou, pour le dire plus clairement, de son absence de complaisance envers le pape. Par exemple,  dans l’entrée « Abus sexuels », l’auteur n’est pas toujours tendre envers le bilan du pape François, et n’hésite pas à critiquer tel ou tel de ses discours sur le sujet.

Semblablement, l’article « Femmes » ne fait pas que lancer des fleurs à François. Pour conclure, voici donc deux passages qui, ensemble, montrent bien l’équilibre et la probité de cet ouvrage qui s’adresse non pas tant à ceux qui aiment le pape François  qu’à ceux qui désirent mieux le comprendre :

«  Il semblerait bien que le Pape François appréhende davantage la situation des femmes de manière intuitive qu’il ne puise sa vision des choses à quelque principe ou à une quelconque idéologie. D’où peut-être son incapacité à voir la trame patriarcale et sexiste d’un large pan de l’Église et de son enseignement. »

« Malgré toutes ses contradictions, son humour, de temps en temps déplacé – si tant est qu’il soit bien intentionné – et ses remarques parfois scabreuses sur les femmes, qui trahissent la patriarchie bienveillante d’où il mène les opérations, le Pape François a plus contribué  à donner aux femmes des responsabilités dans l’Église qu’aucun souverain pontife avant lui. »

Image: Korea_Pope_Francis_Haemi_Martyrdom_Holy_Ground, Republic of Korea (2014)

1 Comment

  1. Associer absence de complaisance et probité me semble un raccourci facile. Faire contrepoids à un mot, une expression ou une idée appartient au dialogue nécessaire à l’avancement de la réflexion et non à la morale. Dans l’exemple que vous donnez, l’auteur semble davantage chercher à déplacer le sujet du champs religieux vers le champs social. Il se fait volontairement polémique, suggère une ouverture qu’il ne voit pas. L’approche n’est pas nouvelle. Déjà l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert procédait de la même manière. Et il ne se trouva personne en son temps pour les taxer de probité…

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