L’art de l’avenir

C’est une évidence qu’on oublie parfois, mais dialoguer avec quelqu’un dont les opinions ne concordent pas avec les nôtres s’avère parfois être un véritable casse-tête. On comprend donc sans problèmes combien les difficultés prennent en ampleur lorsqu’on aborde des sujets sensibles comme l’éthique, les valeurs ou… les religions. Pourtant, le dialogue interreligieux reste d’une importance primordiale de nos jours et c’est pour cette raison que Jean Druel nous offre Je crois en Dieu ! — Moi non plus (Cerf, 2017), un petit guide paru récemment aux éditions du Cerf.

Disons-le d’emblée, Druel ne se situe pas ici que sur le terrain théorique ou conceptuel. Bien au contraire, il cherche plutôt à outiller les acteurs du dialogue à l’aide d’un cadre conceptuel simple, mais efficace qu’il a élaboré à partir de sa propre expérience alors qu’il était directeur de l’Idéo, l’Institut dominicain d’études orientales au Caire. Son ouvrage est donc un véritable guide d’initiation au dialogue interreligieux qui, sans avoir la prétention de pouvoir régler toutes les difficultés qui en découlent, permet à tout le moins d’éviter l’adoption de postures qui empêchent toute discussion. Et ça, c’est déjà bien en soi !

Druel commence son ouvrage en définissant succinctement différents niveaux de discours, soit la polémique, le prosélytisme, le discours identitaire et le dialogue. Mais le cœur de son ouvrage est la distinction de 4 catégories fondamentales d’énoncés qui sont employés dans la vie de tous les jours : les énoncés scientifiques, dogmatiques, symboliques ou sentimentaux. Chacune de ces catégories porte en elle ses forces et ses faiblesses qui expriment son propre ordre de vérité, si bien qu’un énoncé scientifique vrai peut être faux d’un point de vue symbolique, et vice et versa.

Avec cette idée en tête, il devient rapidement évident qu’un véritable dialogue ne peut survenir que lorsque les deux acteurs opposent des points de vue d’une même catégorie plutôt que de mélanger les types d’énoncés. Sans contredit, cela n’est pas chose facile à faire, surtout lorsqu’il n’existe pas de relations entre les deux interlocuteurs. Mais avec un peu de patience et de bonne volonté (ingrédients primordiaux pour une discussion réussie), il est possible d’établir un véritable dialogue entre deux individus ayant des points de vue opposés sans qu’ils se sautent à la gorge.

Si pour plusieurs, le dialogue doit servir à développer un accord ou une entente commune, il n’en reste pas moins qu’il peut aussi être simplement un outil de compréhension de l’autre qui permet son acceptation dans son intégralité, sans chercher à le changer. Dans un cas comme dans l’autre, le dialogue amène une plus grande connaissance de soi et une ouverture sur ce qui anime le monde, ce qui met assurément un frein à l’intolérance. Et ça, c’est déjà un très grand acquis !

Avant de terminer, je vous offre en gâterie cette citation de Bernard Werber (tirée de son Encyclopédie du savoir relatif et absolu), un autre grand optimiste qui, comme Druel, entretient l’espoir d’une meilleure compréhension entre les humains :

« Entre…
Ce que je pense,
Ce que je veux dire,
Ce que je crois dire,
Ce que je dis,
Ce que vous avez envie d’entendre,
Ce que vous croyez entendre,
Ce que vous entendez,
Ce que vous avez envie de comprendre,
Ce que vous croyez comprendre,
Ce que vous comprenez,
Il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer.
Mais essayons quand même… »

Image : Ignasi Pellisa, Dialog (2017)

1 Comment

  1. Quelle belle citation, surtout avec nos appareils techno, combien de manlentendis ! Merci !

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