L’Amérique, Dieu et la guerre

On a beau être un observateur attentif de nos voisins du Sud, autant à propos de leurs politiques intérieures que de leurs relations internationales, il reste que la façon particulière qu’ont les États-Unis d’Amérique d’appréhender la religion et la guerre nous laisse parfois perplexes. Afin de décrypter ce rapport pour le moins complexe, le théologien états-unien Stanley Hauerwas nous offre ses réflexions dans L’Amérique, Dieu et la guerre (Novalis, 2018).

Une petite mise en garde s’impose tout d’abord. Il ne faut pas rechercher dans ce livre une analyse sociopolitique des tenants et aboutissants de la guerre, ni une réflexion sur les grands enjeux de relations internationales qui jalonnent le parcours états-unien. L’auteur se présente en effet d’abord et avant tout comme un témoin de la non-violence chrétienne et s’adresse par le fait même à un public intéressé par la posture propre au christianisme devant la guerre.

Cette position, loin d’être anodine, conditionne en effet tout le discours de l’auteur. Celui-ci n’est pas un pacifiste qui considère la non-violence comme une attitude à adopter en réaction à la guerre. Il considère la non-violence comme étant de facto la véritable posture chrétienne, résultat d’une compréhension eschatologique du sacrifice christique comme coup d’envoi d’un monde sans guerre. Ainsi comprise, l’Église devient la préfiguration d’une société où la guerre n’a plus de prise et n’existe plus.

Dans cette perspective, comment expliquer cette fascination tout états-unienne pour la religion ET la guerre? L’auteur démontre d’abord que la perception des États-Unis d’Amérique comme étant une société profondément religieuse est trompeuse. En effet, il argue que la pratique religieuse assidue de ses habitants est beaucoup plus une façon d’exprimer la liberté religieuse (« Je vais à la messe, car je le peux et je le veux ») qu’un réel attachement aux préceptes chrétiens. Ainsi, le christianisme états-unien serait très superficiel.

D’un autre côté, l’attachement des États-Uniens à la patrie serait beaucoup plus fort et serait nourri en grande partie par la guerre. Celle-ci serait, en quelque sorte, un ciment social justifié par toute une série de présupposés sur leur pays, notamment la conception des États-Unis d’Amérique comme terre naturelle de la liberté et de la démocratie. Ainsi, le principal moteur d’unité sociale serait la construction d’un imaginaire collectif basé sur les résultats, plus ou moins probants, des engagements guerriers des États-Uniens.

Je pourrais m’étendre encore longuement sur cet essai à la fois dense et fascinant, notamment en présentant la pensée de Hauerwas sur la liturgie de la guerre, sur le traumatisme causé par la guerre de Sécession ainsi que son analyse du pacifisme de Martin Luther King et de C.S. Lewis. Ce qu’il convient de retenir, c’est que cet auteur nous ouvre une fenêtre sur un mode de pensée surprenant dont les répercussions, pour le meilleur et pour le pire, se font ressentir quotidiennement à travers le monde.

Image : Old Dixie, Rob Kreisel (2017)

1 Comment

  1. N’ayant pas lu ce livre et me basant sur cette petite présentation et mes recherches personnelles, je pense que les États-Unis sont sur leur déclin au point de vue hégémonique, économique, culturel et religieux. La supposée lutte contre l’Axe du mal et les Guerres humanitaires forment l’imaginaire socioculturel de ce peuple. C’est le pays le plus dangereux pour la paix dans le monde qui devient de plus en plus multipolaire, au grand désarroi de l’élite politique américaine.

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