La « pauvreté » vous rendra libres !

Je l’avoue sans détour : je suis frileux dans mon rapport à l’argent. Je déteste dépenser. Non pas pour les mêmes raisons qu’un Séraphin Poudrier, par amour de l’accumulation ou par soif de pouvoir; c’est parce que j’ai une peur déraisonnable d’en manquer. Remarquez, pas une peur maladive, je n’ai pas de bouffées de chaleur quand je dois allonger ma carte de crédit au Métro. Pas maladive, mais quand même déraisonnable.

La théorie la plus crédible expliquant cette frilosité : enfant, j’aurais entendu mes parents parler de petits problèmes d’argent, et j’aurais eu peur que mon petit monde de garçon bien nourri de 7-8 ans soit ébranlé par des considérations face auxquelles j’étais absolument impuissant. De fait, pendant un certain temps, je témoignais souvent de mon inquiétude – infondée – que mes parents fassent faillite.

À 11 ans, j’avais ramassé plus de 600$ grâce à mes divers cadeaux de Noël et d’anniversaire. Ça m’a alors frappé, car je me suis alors dit qu’en cas de catastrophe, je pouvais survivre – et faire survivre les membres de ma famille – trois semaines avec mes économies. Je savais que mon père dépensait 200$ pour l’épicerie hebdomadaire, alors le calcul était facile.

Bref, il y a depuis longtemps quelque chose dans ma tête qui fait obstacle à l’émergence d’une pleine liberté intérieure face à l’argent. En regard de l’exhortation évangélique à la pauvreté, j’ai donc toujours ressenti, à la fois, un attrait puissant et une certaine tristesse de ne pouvoir la suivre le cœur léger.

C’est un peu tout cela qu’a brassé en  moi le dernier essai de Dominique Boisvert, La « pauvreté » vous rendra libres! (Novalis, 2016). Un petit livre direct et incisif qui entend montrer qu’on peut véritablement sortir tout joyeux d’embrasser Dame Pauvreté à longueur de vie.

dominique bousvert carnets du parvis

Notez que le mot « pauvreté », dans le titre, est placé entre guillemets. L’auteur prend bien le soin de distinguer la pauvreté de la misère, état dans lequel on manque du nécessaire. La pauvreté, pour Dominique Boisvert, désigne un état d’esprit qui ne s’encombre pas du superflu et qui reste ouvert sur les diverses possibilités de collaboration entre les personnes. Et pas seulement un état d’esprit : le mode de vie qui en découle logiquement.

Si les réflexions de l’auteur sur la pauvreté et la simplicité volontaire convainquent et interpellent, c’est sans doute qu’elles reposent sur une expérience de vie cohérente. Comme des hommes d’affaires écrivent leurs recettes éprouvées pour devenir riche, Dominique Boisvert fait de même, mais en sens inverse, tirant de sa propre existence des exemples qui sont tout sauf abstraits.

Un petit extrait, en terminant :

Nos sociétés de consommation, quintessence du capitalisme marchand, ont mis au point des mécanismes extrêmement sophistiqués par lesquels elles s’assurent que nos besoins/désirs seront sans cesse renouvelés et toujours si nombreux que nous n’arriverons pas à les combler. La course à l’argent sera par définition perpétuelle. Sans compter le pernicieux mécanisme du crédit, par lequel on vous prêtera l’argent que vous n’avez pas pour répondre aux besoins qu’on vous crée, moyennant quoi vous passerez une bonne partie de votre existence non pas à « gagner votre vie » comme vous le croyez, mais bien à « gagner les profits des banques » (vos aimables prêteurs).

En conséquence, pour une majorité de la population, l’argent a depuis longtemps cessé d’être un outil de liberté pour s’imposer plutôt comme le véhicule d’un double esclavage sans fin : l’endettement et la (sur)consommation. Dans notre société capitaliste, il importe de réaliser que, par le mécanisme des intérêts, on enrichira toujours les riches pendant qu’on appauvrira les pauvres. Comme je l’ai appris très tôt à mes enfants : « Quand tu as une cenne devant toi (épargne), elle travaille pour toi. Tandis que quand tu as une cenne derrière toi (dette), c’est toi qui travailles pour elle! »

Image: Diego Albero Roman, Freedom (2011)

Image de la couverture: Jacques Goldstyn

4 Comments

  1. Il est clairement dit dans la chanson  » Me and Bobby MCGee  » «Freedom is just another word for having nothing to loose». Tu as raison l’argent ne rend pas libre mais asservit. Je suis moins pire qu’avant mais même aujourd’hui, à mon, âge j’aime prévoir. Par exemple si j’aime un stylo je veux m’en procurer un supplémentaire pour quand celui-ci cessera de fonctionner. Je n’en fais pas une maladie mais l’homme a besoin d’une certaine sécurité matérielle et cela deviens plus important à mesure que ses responsabilités augmente.(mariage, enfants, parents âgés…) Bonne journée.

  2. Aux riches qui vantent leur possessions je réponds toujours que l’addition des biens ne fait pas un homme de qualité, elle ne fait qu’un propriétaire, la qualité se puisant ailleurs.

    Cette qualité de l’être est une question puissante alors qu’elle propulse la réflexion dans toutes les directions. Ainsi, chacun souhaite se qualifier selon ses mérites propres. Comme par instinct, on projette des hiérarchies où, quel hasard!, nous sommes toujours au sommet. On prétend la culture, le savoir, la sédimentation des échanges, la pluralité des expériences pour se situer parmi les autres. En fait, cette quête identitaire n’est jamais inclusive mais toujours exclusive alors que chercher à se distinguer consiste à s’éloigner de l’autre, celui-là même qui est le premier mandat d’un chrétien.

    L’argent appauvrit le croyant alors que, sous le couvert de la sécurité, il contribue à perpétuer le rang, la position au sein du troupeau en permettant l’accession à des marqueurs sociaux fait pour s’élever dans le regard de l’autre. Au-delà des besoins immédiats règne l’illusion et, surtout, ce mensonge répété à soi-même pour justifier les besoins de la chair au détriment de l’esprit.

    Dieu est bon. L’axiome bouscule nos acquis et questionne nos insécurités. Il interpelle notre intégrité dans la foi. Au nécessaire répond moins la crainte que la soif de soi, à la simplicité volontaire on argumente par l’égalité avec les autres. Pourtant, notre superflu pourrait suffire à nourrir, loger ou habiller celui-là même qui git sous nos minimas respectifs. Dieu ne demande pas la pauvreté intégrale, Il demande l’équilibre, la justice, des égards pour ceux au-dessus desquels nous puisons notre soi-disant sécurité.

    Croyant, ayant confiance en Lui, je demande peu et remercie beaucoup. Je remercie de réussir enfin à me dégager d’un monde tout acquis aux biens et à l’Indifférence envers ceux qui n’en n’ont pas. Croire en l’égalité radicale de tous ne suppose pas le nivellement par le bas. C’est marcher au côté de mon prochain, sans chercher à m’élever ou à me rabaisser. C’est pourquoi l’argent questionne la notion de bonheur et ses racines. Où est Dieu dans nos calculs budgétaires? N’est-il pas dit: « Nul ne peut servir deux maîtres » Matthieu 6:24

    Je vis simplement, sans dettes en me riant des faiseurs. Aux angoisses de l’argent j’ai répondu confiance! Je rends grâce tous les jours et je suis libre.

  3. La pauvreté matérielle…..volontaire aceuillie harmonieusement rend moins corruptible , moins vulnérable …..plus libre.

    La véritè est bènifique au degré de liberté ….mais le mensonge m’attache dans l,inquiétude et le remord

    La pauvreté en esprit et de coeur ouvre les portes du Royaume des Cieux….

    Mais c’est la Véritè qui rend Libre…..Hors, Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie…..C,est Lui qui a le pouvoir de me délivrer du Malin, donc de me libérer.

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