La conversion de Claire d’Assise

Comme plusieurs de mes contemporains, j’ai connu le détail de la vie de saint François d’Assise par le biais du film que lui a consacré Franco Zeffirelli en 1972, François et le Chemin du soleil. Sans doute pas l’œuvre cinématographique la plus subtile, mais son approche fleurie ne l’empêche pas d’être suggestive pour les hommes et les femmes de bonne volonté.

À l’époque, je l’admets : je n’aurais pas tant tout abandonné pour suivre François que pour avoir la grâce de contempler éternellement l’astre Judy Bowker, qui incarnait Claire. Mon attirance physique explique sans doute en partie pourquoi j’ai insisté, lors de ma visite d’Assise, pour errer à mon rythme entre les murs où Claire a vécu, quelque 800 ans plus tôt.

Par-delà ses considérations charnelles, il reste que Claire est une figure spirituelle fascinante. L’archevêque de Bénévent, Felice Accrocca, lui a consacré un opuscule en 2012, qui vient d’être traduit aux Éditions franciscaines sous le titre La conversion de Claire d’Assise.

Spécialiste du Moyen Âge, l’auteur excelle à situer Claire dans son contexte historique : tension montante entre la classe des marchands et les nobles, urbanisation défavorisant les pauvres, ordres monastiques questionnés en raison de leur richesse,  courants hérétiques prêchant la pauvreté, épiscopat brillant d’Innocent III sur la chaire de saint Pierre, etc. Ce recours à l’histoire n’est certes pas de trop, car l’auteur tente surtout de répondre à cette question : Claire fut-elle avant tout la protégée de François, ou une sainte ayant son rayonnement propre ?

Pour ce faire, Accrocca interroge toutes les sources à notre disposition. À terme, il met en lumière la profonde liberté intérieure de Claire, qui dut lutter, voire ruser pour vivre de manière conséquente « l’inversion des valeurs » prêchée par François; tout comme la voie originale qu’elle traça pour vivre de façon contemplative la pauvreté. En effet, on pourrait penser que le cloître fut simplement imposé à Claire et ses sœurs, comme c’était le cas pour toutes les communautés de femmes à l’époque. Et cela même si François et ses frères vivaient bien différemment, dans l’itinérance. Mais Accrocha opte plutôt pour un juste milieu entre discipline ecclésiastique et choix délibéré de Claire.

L’auteur, pourtant historien, convainc peu quand il brandit, en un paragraphe sentencieux et convenu, la figure de Claire d’Assise pour fustiger l’oubli moderne de Dieu et notre difficulté à faire durer nos engagements. Car Claire a vécu le primat de Dieu et la fidélité à son engagement dans un contexte bien trop différent du nôtre pour qu’elle soit un modèle immédiatement inspirant en cela. Mais en une centaine de pages, il réussit à nous faire entrer dans une vie captivante, dont la jeunesse est marquée par des péripéties littéralement romanesques; et nous rappeler qu’opter pour Dieu est parfois un creuset d’une qualité incomparable pour affiner son sens de la liberté.

Image: Gilberto C-G, Clara (2008) 

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