J’étais incapable d’aimer

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Dans certains milieux hostiles au fait religieux, on juge souvent que les croyants et croyantes n’adhèrent à une religion que par ignorance ou coercition. Des facteurs psychologiques ou sociaux expliqueraient qu’une personne ne serait pas libérée du religieux et resterait enfermée dans une pensée magique bien éloignée de la toute-puissante raison. Porter un tel jugement ne permet pas de comprendre ou d’appréhender les expériences spirituelles qui, parfois, mènent à une conversion renversante. C’est un récit du genre que nous livre Brigitte Bédard dans J’étais incapable d’aimer (Novalis, 2019).

Journaliste catholique indépendante, l’auteure est une chroniqueuse régulière à l’émission de télévision La victoire de l’amour. Depuis plusieurs années, elle donne aussi des conférences au sujet de sa conversion dans plusieurs milieux. Ce livre est une édition revue et augmentée de son premier récit qui était alors intitulé Et tu vas danser ta vie (Saint-Joseph, 2015).

Dès les premières pages, l’expérience de l’auteure qui a conté son histoire des centaines de fois se manifeste clairement dans son style clair et précis. Le lecteur est pris à partie dès les premières lignes et accompagne l’auteure qui s’adresse régulièrement à lui. Cette approche intimiste sert le propos et rend d’autant plus impressionnante la conversion dont il est question.

Animée par un besoin irrépressible d’aimer et d’être aimée, l’auteure s’est, dans sa jeunesse, vouée à toutes les expériences possibles, tant en fait qu’elle est atterrie à l’âge de 23 ans chez les Cocaïnomanes anonymes. Après une dizaine d’années à fréquenter ce groupe, elle s’est débarrassée de ses dépendances aux substances, mais son mal de vivre persiste.

C’est une retraite à l’abbaye Saint-Benoit-du-Lac, entamée à contrecœur, qui l’a sortie de l’enfer qu’elle vivait. Après trois journées à crier toute sa détresse et sa colère à un moine qui ne faisait que l’écouter avec empathie, un déclic s’est produit et son monde a basculé. Il vaut la peine de lire ces quelques lignes qui tentent de traduire une expérience d’une profondeur indescriptible :

Certaines conversions se font de façon consciente, c’est vrai. Quelqu’un, un jour, décide en toute connaissance de cause de se convertir. Mais moi, ce n’était pas ça. Il y avait eu un coup de vent, une chaleur, une espèce de retentissement intérieur, très intime. Il y avait eu une rencontre avec le Christ. Ce Christ était Dieu. Et il avait, je ne savais pas pourquoi, décidé de me donner cet amour pas possible qui faisait que j’étais toute neuve en dedans.

Le récit que fait Brigitte Bédard de sa conversion dans J’étais incapable d’aimer a de quoi laisser songeur. Ce qu’elle y décrit, c’est un changement de paradigme existentiel, où la force transcendante qu’est Dieu s’inscrit de façon éclatante. Je suis peut-être naïf, mais il me semble bien que ce témoignage, tout comme celui de milliards d’autres croyants, montre que la foi ne peut se résumer à l’immaturité psychologique, à une éducation liberticide ou à un odieux brainwash. N’en déplaise aux détracteurs de la religion.

Image : The Conversion of Saul, Julie Lonneman (2015)

2 Comments

  1. Tellement cela Simon! Les heureux qui vivent une telle expérience sont à même de reconnaître la véracité de cette expérience… Et je pressens que tu en es Simon.

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