Jésus a-t-il fondé une nouvelle religion ?

Jésus a-t-il fondé le christianisme ? Jésus était-il chrétien ? J’ai entendu ce type de questions, sous une forme ou l’autre, à plusieurs reprises au cours des dernières années. Le plus souvent, c’est une question posée de manière rhétorique, hostile au christianisme : Jésus n’ayant jamais voulu fonder une religion, et encore moins celle que l’on appelle le christianisme, cette dernière manquerait donc de légitimité.

D’une part, répondre à la question est assez facile, car il y a consensus chez les historiens et les exégètes : non, Jésus n’a pas voulu fonder une nouvelle religion;  il désirait réformer en profondeur le judaïsme. Mais d’autre part, on ne peut guère en tirer des conclusions hâtives au détriment d’une religion qui, en termes de cohérence doctrinale et de puissance pour façonner l’existence des gens, a fait ses preuves au cours des siècles.

C’est un peu ce que nous apprend, entre autres, le dernier numéro de la revue Le monde de la Bible, qui accompagne la parution, aux Éditions du Seuil, de l’ouvrage très attendu de Daniel Marguerat sur le Jésus historique, Vie et destin de Jésus de Nazareth.

Marguerat est d’ailleurs mis à contribution dans le numéro de la revue, signant un article sur les raisons derrière la condamnation à mort de Jésus, puis répondant aux questions du  rédacteur en chef, Benoît de Sagazan.

Comme toujours, le dossier est constitué d’articles de vulgarisation de qualité. Par ailleurs, fidèle à son habitude, la revue d’histoire, d’art et d’archéologie soigne ses choix d’images, ce qui donne une revue superbe pour les yeux.

Si on revient à l’enjeu de la fondation du christianisme, il ressort du numéro qu’il semble admis, aujourd’hui, que l’influence des Juifs hellénisants sur la lente rupture des communautés se réclamant de Jésus avec le judaïsme fut décisive. En effet, il était naturel, pour les disciples du Christ habitant la Macédoine, par exemple, de témoigner de leur foi à leur entourage païen et d’accepter qu’ils les rejoignent sans respecter tous les rituels identitaires juifs.

Mais pour que cette universalité triomphe, il fallait qu’elle constitue un élément marquant de l’enseignement de Jésus. De fait, il ressort que l’accueil inconditionnel de tous par Dieu prêché par Jésus ait été difficilement compatible avec les formes concrètes du judaïsme de l’époque. Autrement dit, et c’est la conclusion de Marguerat :

On peut dire que Jésus, juif à 100%, n’a jamais imaginé sortir du judaïsme – cela n’est pas dans son horizon de pensée, ni mentale ni religieuse – mais le mouvement issu de lui ne pouvait évoluer qu’ainsi. En ce sens, Jésus n’est pas étranger à la sortie progressive du judaïsme.

Image: jesus_3, James Shepard (2004)

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