Entre ciel et mère

COLLABORATION SPÉCIALE: Valérie Roberge-Dion nous offre un extrait de l’introduction de Entre ciel et mère. Spiritualité, vie de famille et autres acrobaties, à paraître chez Novalis à l’hiver 2016. Elle publiera ici un extrait par mois jusqu’à la sortie du livre.

Juste avant le dodo de Flavie, deux ans, nous partageons un petit moment familial de câlins, de retour sur la journée, de prière. Ce soir-là, au terme de notre habituel Notre Père, la petite s’exerce à le répéter en y ajoutant sa touche personnelle : « Notre Père, qui est dans les yeux…». Échange de rires avec mon chum. Et cette phrase me reste dans le cœur. Cette idée me touche : un certain regard posé sur le quotidien, qui donnerait accès à la dimension spirituelle de l’existence.

J’ai fait du pouce longtemps sur ce lapsus, envisageant des pistes pour vivre ma spiritualité chrétienne au cœur de mes années de jeune maman. Car j’en suis à cette étape intense de la vie. Celle où on met au monde des enfants. Je repousse mille fois mes limites, m’émerveille pour un rien, découvre le poids de la responsabilité d’un être tellement dépendant… Moments où il me semble toucher l’essentiel, souvent subjuguée par le miracle de la vie émergente. Et les mois passent. Je me remets si souvent en question, cherchant le meilleur au fond de moi afin de le donner à mes petits.

À travers tout ça, je constate que les premières années de la famille représentent un terreau riche pour grandir sur les plans humains et spirituels. En fait, parents et enfants grandissent… Je crois que ces derniers abordent naturellement le versant profond de la vie et du coup, peuvent m’entraîner dans une dynamique de croissance. Et à mon tour, en cheminant intérieurement, je peux initier mes enfants à une expérience spirituelle authentique. L’enfant nourrit le parent et vice versa.

Demandez à Wikipédia ce qu’est la spiritualité. On sort de cette lecture plus mêlé qu’autre chose… Le champ du spirituel est vaste et interprété différemment dans les cadres religieux, philosophique, thérapeutique, ésotérique. Comment ce terme résonne-t-il pour moi? D’emblée j’en parlerais ainsi : une démarche personnelle authentique, une recherche d’intériorité, la quête d’une relation à Dieu et aux autres, un chemin de croissance et de sagesse.

Ceux et celles qui sont familiers avec la foi chrétienne, ne serait-ce qu’un peu, reconnaîtront les couleurs de mon propos. Je m’enracine dans la religion catholique, tout simplement parce qu’elle est mon héritage, qu’elle m’a disposée à expérimenter une relation à Dieu. J’y goûte du vrai, du beau, de l’intelligent… J’utiliserai donc le terme foi pour mettre en contexte la spiritualité dont je parle. La foi évoque la confiance, l’engagement, elle est une des manifestations de l’aventure spirituelle humaine.

Pourquoi je trouve fondamental de mettre énergie et temps pour développer ma vie intérieure? Et qui plus est, d’ajouter efforts et créativité pour éveiller mes enfants à cette dimension? Je me revois encore il y a quelques années, donnant un atelier sur les différentes religions du monde à des ados vraiment pas intéressés dans un cours d’éthique et culture religieuse. La professeure me confiait son plus grand défi : « juste amener à ces jeunes l’idée que peut-être il y a une quelconque utilité à s’intéresser à ce sujet ».

Peut-être s’y intéresser parce que la quête de sens les rattrapera tôt ou tard. Peut-être que cette demoiselle tombera en amour avec un musulman pratiquant, que ce jeune homme accompagnera son grand-père en fin de vie, que telle fille fera des fausses couches à répétition, que tel autre se sentira ambivalent face à un groupe aux allures sectaires. Autant d’occasions de débarquer un instant du train de la vie qui file si vite, d’émerger de l’indifférence religieuse, de mesurer les limites d’un rationalisme persistant, de se poser des questions existentielles.

En visionnant le documentaire québécois L’Heureux naufrage, paru en 2014, j’ai été étonné du nombre et de la diversité des personnalités publiques interviewées, qui ont toutes évoqué un vide spirituel dans la vie des Québécois et des Québécoises. Exit, la prédominance de l’Institution religieuse! Mais en échange, quels repères? L’écrivain, dramaturge et réalisateur Éric Emmanuel-Schmitt y fait cette réflexion : « On est quand même dans la seule époque où quand un enfant de quinze ans demande à son père quel est le sens de la vie… le père se tait. » Ça m’interpelle.

Depuis que je suis maman, je cherche donc des façons de mettre mes enfants en contact avec la spiritualité. Entre ciel et mère, se déploie tout un éventail de possibles pour nourrir la quête de sens…

Photo: Ian Livesey, Hold on… oh, you have no hands ! (2013)

5 Comments

  1. Bravo Valérie! Ça donne le goût d’en lire plus! Un titre accrocheur et une image pleine de sens. De belles pistes de réflexions venant d’une femme qui a toujours vécue sa vie de foi dans son quotidien. Hâte de découvrir tes idées sur les façons de transmettre notre foi à nos enfants et de nourrir notre foi en famille! Beau travail!

  2. Merci Valérie pour cette réflexion, ce témoignage qui vient me rejoindre pendant ce moment d’allaitement nocturne et qui parle à mon coeur de nouvelle maman! J’ai hâte d’en lire davantage!

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