Enquête sur les miracles

Lors d’un vol pour Lourdes, il y a dix-huit mois, une collègue m’a demandé, quelque peu espiègle : « Alors toi, tu y crois vraiment, aux apparitions et tout ? » Après un moment de réflexion, je lui ai répondu « Je n’en sais rien, je laisse ce dossier ouvert sur une étagère qui accumule de la poussière. Tout ce que je sais, c’est que les miracles et les apparitions ne jouent aucun rôle dans ma vie de foi. »

Et c’est encore aujourd’hui ma position. Les phénomènes surnaturels me laissent dubitatif, mais puisque je me méfie autant du rationalisme qui cherche à les réfuter que des dévots qui ne jurent que par eux, je préfère ne pas trancher, rester ouvert sans en tirer de conclusion théologique ou spirituelle.

Je ne suis donc pas tout à fait, à priori, le public-cible pour le tout récent Enquête sur les miracles dans l’Église catholique, de Pascal Sbalchiero (Novalis, 2019). Pourtant, les premières pages m’ont convaincu de persévérer : l’auteur s’y montre prudent et nuancé, faisant des distinctions pertinentes (notamment entre « l’extraordinaire », «le  merveilleux » et « le surnaturel » d’une part, et entre « miracle » et « prodige » d’autre part) et rappelant à plusieurs reprises qu’aux yeux de l’Église, nul n’est tenu de croire aux miracles pour être un bon catholique. Me voilà rassuré !

Sbalchiero enchaîne en détaillant les critères de discernement des miracles : leur conformité avec l’enseignement de l’Église, une modification réelle de l’ordre normal de la création, sa valeur de signe, la sauvegarde de la subjectivité humaine chez les sujets et témoins, leur matérialité.

L’auteur paraît moins à l’aise lorsqu’il s’agit de préserver les miracles des contestations matérialistes. Son apologie m’est apparue quelque peu caricaturale.

Mais ce qu’il convient surtout de mentionner, c’est que l’approche apologétique, passé les premiers chapitres, ne quitte plus vraiment la plume de Sbalchiero. Qu’il décrive des phénomènes d’apparition mariale, de stigmates, d’inédie ou de statues suintantes, il  prend certes bien soin d’écarter les supercheries, mais dans l’ensemble, il reste très favorable à la réception de chaque phénomène comme d’authentiques miracles.

Ce n’est pas un défaut. Mais le lecteur s’attendant, dans la suite du titre de l’ouvrage, à une enquête rigoureusement critique de chaque phénomène trouvera l’auteur parfois un peu biaisé.

Le livre s’adresse davantage au lecteur déjà sympathique à la cause et curieux de découvrir de nouveaux cas présentés avec une certaine rigueur.

Image: Miracle, Jose Maria Cuellar (2013)

12 Comments

  1. Je partage entièrement la position de M. Guilbault en ce qui concerne les miracles. D’une part, il faut reconnaître les limites de la science. Un de mes professeurs au collège aimait répéter que, pour toute question à laquelle la science apporte une réponse, elle soulève dix autres questions qui restent sans réponse. Par exemple, j’ai personnellement vécu quelques rares expériences de perceptions extrasensorielles qui ne sont pas vraiment explicables dans l’état actuel de la science. Je dois donc reconnaître que, tout en nous éblouissant à chaque jour par ses percées étonnantes, la science est encore en son enfance. Ce qui peut apparaître miraculeux à certains aujourd’hui trouvera une explication scientifique irréfutable dans quelques années. D’autre part, la fascination que certains cultivent pour les miracles coïncide trop souvent avec un véritable aveuglement face aux merveilles qui se déploient aussi à chaque jour sous nos yeux. Les progrès qui ont été réalisés au cours des dix dernières années dans la lutte contre le cancer, par exemple, m’apparaissent comme les véritables « miracles » d’aujourd’hui. L’évangile nous dit qu’on reconnaîtra l’arrivée du royaume de Dieu au fait que les aveugles verront, les sourds entendront et les boiteux marcheront. Il ne dit pas que ces « miracles » ne peuvent pas être le résultat des progrès bien humains de la médecine. Pour moi, des miracles de cet ordre se produisent à chaque jour et c’est pour eux que je rends grâce, c’est en eux que je reconnais l’avancée du Royaume. Ça me suffit amplement!

    • Merci d’avoir pris le temps de commenter, M. Cadrin. « Ça me suffit amplement », à moi aussi !

  2. Je partage vos vues sur cette question. Ça ne prouve rien, ni ne convainc personne et constitue aujourd’hui, à mon avis, à obscurcir l’annonce de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui. A la demande de signes, Jésus s’est toujours dérobé jusqu’à ce que le scandale de la croix manifeste le signe paradoxal de sa royauté.

  3. sans miracle ou geste symbolique, il n’y a presque pas de raison de suivre dieu ou d’aller à la messe.

  4. plutôt que de voir le monde comme un rassemblement d’individualités ou de jours qui passent, il faudrait faire de la place pour du catholicisme collectif.

  5. pour qu’on puisse avoir un miracle, il faut être capable de concevoir le miracle que l’on veut voir apparaître.

  6. télépathie, résurrection, synchronicité, matrice, génie musical, instinct, caméléon on a quand même beaucoup d’ingrédients potentiellement surnaturels.

  7. plutôt que le chrétiens passent toujours pour le pauvre pieux, il devrait plutôt passer comme le chercheur de miracles et de miraculés.

  8. ça nous prends des miracles pour nous montrer que nous ne sommes pas des animaux.

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