Écoutons la nature

Typiquement, la sensibilisation aux enjeux environnementaux rencontre plusieurs obstacles : la paralysie suscitée par l’ampleur de la crise, l’extrémisme de certains groupes, la banalisation d’un discours aux allures de rengaine, l’individualisme contemporain… Bref, même si la grande majorité des Occidentaux sont d’accord pour dire qu’il faut davantage prendre soin de l’environnement, il demeure difficile de les impliquer concrètement dans la présente lutte « contre la montre ».

Si les obstacles sont nombreux, les œuvres faisant office d’instruments de sensibilisation le sont également. Il m’est impossible de revoir L’homme qui plantait des arbres sans en sortir aussi bouleversé que lors du premier visionnement, à six ans. Par ailleurs, j’ai négligé d’aller voir le film Demain, de Cyril Dion et Mélanie Laurent, mais plusieurs de mes amis m’ont témoigné à quel point cet opus les avait remués à fond.

Cependant, en raison de l’urgence d’un rapport plus holistique à la nature, les « angles d’attaques » ne sont jamais trop nombreux pour secouer notre indifférence, notre apathie ou notre scepticisme inconscient. C’est pourquoi Novalis, dans le sillage de Nous sommes le territoire !, paru en 2016, publie cette fois une anthologie de textes d’auteurs classiques intitulée Écoutons la nature.  On y retrouve des extraits de textes de Lucrèce, de Léonard de Vinci, de Ronsard, de Montaigne,  de La Fontaine, de Rousseau, de George Sand, de Colette, de Victor Hugo et un inédit d’Hubert Reeves.

Ce regroupement en apparence hétéroclite montre bien qu’au cours des siècles, le souci écologique s’est exprimé de différentes manières. La diversité même des voix parcourant ce recueil sert bien la cause environnementale, car si l’on peut rester de glace face aux excroissances romantiques d’un Hugo, on peut être touché par une approche plus sobre, celle de Lucrèce, par exemple. Ou vice versa.

En ce qui concerne Reeves, voici la conclusion de son inédit Nos lointaines grands-mères sont des étoiles

« Bien que descendue du piédestal où elle se plaçait, notre espèce ne s’en trouve pas pour autant dévalorisée : ‘L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais un roseau pensant’, disait Pascal. Malgré cette fragilité, et parce que notre intelligence est gage d’immenses ressources, notre dignité est immense. En effet, comme le disait Élisée Reclus, ‘L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même.’ Alors les forces de la ‘restauration’ sont en marche contre celles de la ‘détérioration’ de la planète. Et, si tout va bien, l’histoire qu’Homo Sapiens écrit devrait pouvoir ajouter des chants d’allégresse à l’odyssée terrestre. Il faut y être déterminé ! »

Le langage employé me semble un peu manichéen (restauration vs détérioration), et le terme même de « restauration » pose problème : le rapport à la nature que nous cherchons à instituer ne saurait ressembler en tous points à celui qu’ont eu les civilisations passées. Au lieu de restauration, ne devrait-on pas parler d’invention ? Mais bon, par-delà les débats sémantiques, demeure la nécessité d’une détermination constamment renouvelée – et pour susciter cela les livres et les œuvres d’art s’avèrent particulièrement utiles.

Image: Eric Kilby, Shouting Camel (2009)

5 Comments

  1. Bonne chronique,mais sans faire pleuvoir sur ta parade, j’ai perdu espoir en ma génération pour prendre soin de la terre. Par exemple il fut un temps la laine du mouton servait à confectionner un chandail, qui était recyclé en mitaines et finissait en tapis. Puis l’invention du BIC fit la promotion du gaspillage. L’homo plus ou moins sapiens d’aujourd’hui ne sait plus recycler et utiliser la terre intelligemment. Pour faire un vrai changement il faudra combattre l’esprit mercantile de tous ceux qui nous offre de surconsommer. Mais la lueur d’espoir vient des jeunes qui semblent beaucoup plus enclin à consommer plu intelligemment.

  2. Saint Augustin a écrit: « Les temps sont mauvais? Soyons nous et les temps seront bons, car nous sommes le temps »

    Alors qu’est-ce que la bonté? La bonté envers la terre ne serait-elle pas la même que la bonté envers nos semblables ?

    Donc difficile car exigeante de la simplicité du don et non de celle des attentes.

    Gandhi a dit : « On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux ». ( Je me permets d’ajouter « ses vieillards » ).

    À noter que les premiers convoqués à la crèche par les anges sont les bergers et ce avant les mages et leurs offrandes de myrrhe, d’or et d’encens, il y a les fromages des brebis et des chèvres.

    Notre époque compte comme toujours beaucoup trop de vieux boucs dans leurs VUS comme autrefois ils paradaient dans leurs chars de guerre.

    Comme l’Arlequin de Carlo Goldoni,on ne peut servir deux maîtres à la fois bien que la pratique en soit courante.

    On choisit soit la vie ou la mort et ce dans notre quotidien qui est notre pain.

  3.  » désolé, j’ai omis de taper le mot  » bons  » en début des propos d’Augustin…ma seule excuse est celle de devenir vieillissant…vous savez, sinon vous saurez, …avec le temps « 

  4. Bonsoir M. Picard,

    lire des gens se désoler sur leur génération c’est s’exposer aux propos fallacieux des bien-pensants. C’est chercher à nous faire croire qu’ils sont resté au-dessus de la mêlée et ne sont jamais tombé dans les travers du plus grand nombre, ceux-là même à qui ils font des reprochent en s’accordant un pas de recul et cette liberté de juger leur prochain. Pourtant! À dresser la liste de leur mode de vie, il serait clair combien il participe au grand gaspillage qui occulte l’espoir d’un mode meilleur. Car ce monde ne peut plus être racheté par de meilleures pratiques. Le pire est en marche et ne peut être réfréné avant que la Terre ne soit une nouvelle planète probablement réfractaire à l’homme. Cette laine à laquelle vous faite nostalgiquement référence n’est déjà plus disponible au plus grand nombre et des fibres synthétiques habillent pour l’essentiel les foules, les prix faisant office de clivage censitaire. Tout comme ceux qui meurt de chaleur de ne pouvoir s’offrir un climatiseur. Vous qui vantez vos lainage, que ne nous parlez-vous de la fraîcheur de vos étés. Car votre réalité loge à cette enseigne, vous dénoncez en petit bourgeois en pleurant (et je pourrais parler de ceux qui cite Ronsard) votre génération et en espérant en vos petits enfants. Mais cette génération fut précédée d’une autre et encore d’une autre, toutes dévouées à dévoyer la nature. La catastrophe n’est pas l’affaire des vingt dernières années. C’est le résultat d’un mode de production et à moins de s’imposer une réforme niveleuse, nous n’allons nul part, au mieux à notre perte.

    Nous devons admettre avec humilité que nous avons tous abusé du système, que nous en portons de plus en plus les stigmates parce que nous avons contribué à notre échelle propre à la dégradation du monde et qu’il se fait tard (probablement trop tard) pour pleurer en accusant les autres.

Laisser un commentaire