Dieu, le diable et les idoles

Il est rare que je lise des livres d’exégèse qui me nourrissent spirituellement. Souvent, je trouve dans ces livres des informations intéressantes, qui me stimulent intellectuellement, mais il est rare que je sois secoué, que je me sente poussé à fermer les yeux et méditer entre chaque paragraphe.

C’est pourtant arrivé avec le dernier livre d’André Wénin, Dieu, le diable et les idoles. Esquisses de théologie biblique (Cerf, 2015). Derrière ce titre un peu austère se cache une réflexion extrêmement bien rédigée sur l’amour et ses falsifications. Loin d’interpréter les diverses interdictions vétérotestamentaires de sacrifier aux idoles comme une légitimation larvée d’un certain exclusivisme culturel, ou d’une méfiance envers ce qui viendrait des païens, l’auteur déploie le sens théologique et spirituel de certains passages bibliques qui vieillissent mal, à première vue, en ces temps d’œcuménisme et de dialogue interreligieux. Privilégiant l’approche canonique (l’interprétation des textes bibliques par leur mise en tension avec les autres textes bibliques) à la méthode historico-critique, Wénin ne fait pas tant œuvre de savant qu’un travail remarquable de réappropriation rigoureuse de ce qui est présenté, par la Bible, comme une défiguration de Dieu : les idoles, les mauvais anges, le diable.

Bref, chaude recommandation. Voici, pour conclure, un extrait à propos du sens de l’idolâtrie :

S’il en est ainsi, on comprendra que ce qui est capital dans ces textes prophétiques [Ez, Os, etc.], c’est moins qu’ils réprouvent les cultes étrangers comme tels en les taxant d’idolâtrie, que le fait qu’ils mettent en relief, en les opposant, deux types de rapports au divin qui sont susceptibles de sous-tendre toute religion. Un premier modèle est le fait du croyant qui instrumentalise le divin, croyant échapper de cette façon à la contingence et à la finitude par comblement du manque-à-être caractéristique de l’humain. L’autre démarche consiste à respecter l’altérité irréductible du divin – la Bible dirait sa sainteté – en refusant d’attendre de lui qu’il arrache l’humain à la précarité et à l’incertain de sa condition. Dans cette seconde dynamique, le croyant consent à sa béance, dans l’intime conviction qu’il s’épanouira en travaillant celle-ci, plus qu’en tentant désespérément de la résorber.

Image: A.Davey, The Devil and the Dragon (2007)

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