Dieu à l’école

Reportage vie scolaire pour l'ENAC

La question de la place de l’enseignement de la religion à l’école n’a pas fini de faire débat au Québec. Dans notre société, un climat de défiance généralisée continue d’assimiler à tort le religieux à l’irrationalité et l’accuse par le fait même des pires vices de notre époque, soit l’autoritarisme, l’intolérance et la violence. Les tenants d’une laïcité extrême pourraient penser qu’en évacuant la question religieuse de ses écoles, la France est un modèle à suivre. Ce n’est cependant pas le constat auquel arrive Xavier Dufour dans son essai Dieu à l’école (Cerf, 2018).

L’auteur, docteur en philosophie, enseigne dans un lycée français où il peut constater de visu les ravages de l’ignorance à l’égard des religions : intolérance devant les expressions de la foi, censure délibérée de larges pans de la culture et montée des positions extrêmes, qu’elles soient religieuses ou non. En cédant le pas au scientisme et au laïcisme, la laïcité s’est vidée de son essence et ne parvient plus à cultiver un certain vivre ensemble, comme l’attestent les nombreux attentats survenus en territoire français dans les dernières années.

L’auteur plaide donc pour un retour de l’enseignement des religions à l’école, dans un contexte où celles-ci furent complètement évacuées du cursus scolaire français au tournant du 20e siècle. Mais de quel type d’enseignement parle-t-on? Cette question minée, comme un large pan du débat d’ailleurs, résonne jusque chez nous où le contenu des cours d’Éthique et culture religieuse implantés en 2008 est continuellement remis en question.

Pour trouver une réponse à cette question, l’auteur, en bon philosophe, commence par s’interroger sur la nature de la laïcité et son pendant idéologique, le laïcisme. Cette mise en contexte, qui présente les origines chrétiennes du principe de laïcité, permet d’éclaircir considérablement le débat en articulant rationnellement des postures qui évacuent justement la raison. À cet égard, le laïcisme, par son acharnement à faire disparaître le religieux de l’espace public, contribue au même titre que le fondamentalisme à forcer une distance inutile entre religion et raison.

C’est là que se trouve l’approche de l’enseignement religieux prônée par Dufour : un regard raisonné et raisonnable sur les religions. Étant donné qu’ignorer ces dernières n’engendre que la méfiance et l’incompréhension, l’auteur propose de les étudier avec intelligence et sans raccourcis. Il suggère une approche en trois mouvements dans un parcours qui commencerait par l’aspect visible des religions, suivi d’une excursion dans le domaine du sens et des questions existentielles, pour se conclure par un contact intime encourageant l’expérience spirituelle.

En encourageant autant croyants et non-croyants à adopter une posture à la fois rationnelle et critique de l’enseignement des religions, l’auteur espère apaiser les positions clivantes qui cultivent les positions extrêmes, que ces dernières soient laïcistes ou fondamentalistes. Dans cette perspective, cet ouvrage, bien qu’il soit ancré dans le contexte social de la France, est assurément d’intérêt pour quiconque s’interroge sur la place de la religion dans les écoles québécoises.

Image : Salle de classe, ENAC (2011)

1 Comment

  1. Il faut remonter dans l’histoire pour questionner l’opposition religion/rationalité pour en comprendre l’extension contemporaine (et naturelle) vers le scientisme. Au siècle des Lumières, les philosophes ont définit une ligne de pensée en opposition à l’obscurantisme de l’Église. À l’époque, cette dernière était une puissante force de réaction bloquant le progrès des idées, inquiétée qu’elle était par le développement de savoirs qui contredisaient des positions séculaires et éclairaient ses errances. Son penchant naturel à s’accoler aux élites bien avant le peuple de Dieu se poursuivra au cours du XIXe siècle, adoubant le système capitaliste en faisant fi de ses excès (au XXe siècle, rappelons-nous la position du Cardinal Léger lors de la grève de l’Asbestos). Le pragmatisme de la production propre à la Révolution industrielle trouvait écho dans le goût de l’Église pour le respect de l’ordre et de l’obéissance. Il aura fallu les révolutions (dont l’unification de l’Italie en 1870 et la perte des États pontificaux sous l’impulsion de Cavour et Garibaldi) et l’apparition du marxisme pour susciter le réveil des consciences et l’écriture de Rerum novarum en 1891. Mais c’était trop peu trop tard. En 1905, la France édictait la loi sur la laïcité, délégitimant toutes religions dans leurs rapports avec l’État. L’Église entreprenait ce lent dépouillement de sa crédibilité historique qui la conduirait aux soubresauts de Vatican II. Mais changer de vêtements ne suffit pas à changer l’homme. Encore en ce XXie siècle débutant, le spectacle désolant de la collusion de l’Église avec les pouvoirs en pays émergents conduit à des exactions qui ne sont pas sans rappeler l’oppression lourde et aveugle, contraire à l’enseignement du Christ, qui était sa signature dans les siècles passés.

    Face à un monde qui, à l’instar de Thomas, cherche des preuves, la science apportera des confirmations auxquelles la pensée religieuse ne pourra suffire avec ses mystères. Et lorsque celle-ci s’aventurera sur ce chemin glissant, elle produira des bavures monumentales comme ce dérapage de François qui, la semaine dernière, suggérait ces formations de rééducation pour les jeunes soupçonnés d’homosexualité. Et on espère le retour de l’éducation religieuse dans les écoles? Récemment, il y avait ce prêtre irlandais qui publiait un livre dans lequel il disait que l’Église mérite sa mort en regard de toutes ses intolérances, des fermetures qui ne trouvent pas leur place au cœur de l’enseignement public. Et je ne parle pas de tous ces scandales de pédophilie qui ne cessent d’enfoncer l’Église. Son accueil différencié aura fini de la discréditer de façon irréversible. Elle n’a plus la dignité suffisante face à un peuple qui pense et interpelle pour faire figure d’exemple à enseigner. Malheureusement incapable de se réformer, elle est appelée à s’éteindre en Occident et/ou à se radicaliser. Coupée des écoles, face à des églises presque vides et supportées par une minorité de prêtres, ignorée des médias, sa voix se résume désormais à celle de tous ces philosophes et autres théologiens satisfaits de parler entre eux. C’est profondément navrant.

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