La dette de Louis XV et le général de Gaulle

Les journaux en ont abondamment parlé la semaine passée : il y a 50 ans, Charles de Gaulle créait une vraie commotion en prononçant son fameux discours sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, discours lors duquel il prononça son non moins fameux « Vive le Québec libre ! ». Pour l’occasion, les Éditions du Cerf ont publié un ouvrage qui deviendra rapidement une référence sur le sujet : La dette de Louis XV, de Christophe Tardieu.

Le titre peut surprendre, et si ce n’était de la couverture, sur laquelle on peut discerner une antique carte d’une partie de la Nouvelle-France, on peinerait à comprendre en quoi ce livre concerne directement le Québec. Mais c’est pourtant le cas, et la dette évoquée est évidemment celle que la France a contractée, symboliquement, envers la nation francophone d’Amérique du Nord, lorsque Louis XV a « abandonné » cette dernière aux Anglais – alors que bien des historiens jugent aujourd’hui que cette cession n’était pas du tout inévitable.

Ainsi, l’une des thèses de l’ouvrage, appuyée sur une fine connaissance de la vision politique du Général, est que ce dernier avait pensé son voyage comme un acte de réparation envers le peuple québécois. Conséquemment, son « Vive le Québec libre ! » aurait été tout sauf une improvisation suscitée par l’enthousiasme de l’accueil chaleureux dont il était l’objet (et encore moins une lubie de vieillard) ; au contraire, son exclamation mémorable aurait été le point d’orgue naturel d’une démarche tout à fait consciente.

Il reste que l’on pourrait se méfier du regard biaisé porté sur l’événement par un auteur français. À juste titre, nous sommes, Québécois et Québécoises, parfois froissés par les raccourcis que prennent les Français quand ils dissertent à notre sujet. Mais le livre de Tardieu se distingue par son approche admirablement soigneuse des réalités québécoises. Non seulement l’auteur témoigne-t-il d’une connaissance approfondie de l’histoire du Québec, mais il est également d’une bienveillance sans condescendance envers celle-ci, à tel point qu’à sa lecture, on se sent, dans un même mouvement, fiers d’être Québécois et fiers de nos liens organiques avec la France.

Bref, un ouvrage sérieux et tonifiant, qui tente par la bande de rappeler aux Québécois et Québécoises que lorsqu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes en terme de résistance et de conscience de soi, ils sont capables de livrer, selon l’expression même de Tardieu, une « éclatante leçon d’identité ».

Image: Suresh/R, Statue of Charles de Gaulle (2017)

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