Des zombies, dans la Bible ?

Lors du dernier Salon du Livre de Québec, l’éditeur d’une petite maison venant à peine de naître est venu à ma rencontre, et son amorce avait tout pour m’étonner : « Il paraît que tu publieras un livre religieux sur les zombies ?! »

Euh… non, ou plutôt oui, mais des précisions s’imposent. Passé la surprise, j’ai compris que l’homme, qui avait tout du fan fini de black metal, avait entendu parler du prochain livre du jeune bibliste Sébastien Doane. À la suite de son recueil de récits bibliques insolites intitulé Mais d’où vient la femme de Caïn ?, l’auteur a récidivé, cet automne, avec Zombies, licornes, cannibales… Un titre sexy à souhait, qui cherche à présenter la Bible à un lectorat qui croit peut-être, à tort, que ce dernier est un livre aride et ennuyeux.

Mais par-delà l’offensive marketing,  la question demeure : y a-t-il des zombies dans la Bible ? Et des licornes ? Si oui, doit-on en conclure que la Bible est une pure œuvre de fiction, comme The Walking Dead ou Ma Petite Pouliche ?

C’est à ce genre de questions que s’attaque Sébastien Doane. Non seulement déterre-t-il des récits bibliques méconnus et qui méritent d’être lus, voire médités, mais il donne aussi des clés de lecture, valables tant pour ces récits que pour la Bible en entier.

Avant de vous proposer un extrait du chapitre « Un âne qui parle et fait l’expérience de Dieu », je veux souligner que le lancement du livre aura lieu ce jeudi, 12 novembre, à l’Institut de pastorale des Dominicains (2715, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal). En fait, ce sera un triple lancement, car À la recherche du bonheur, de Michel Proulx, et Dieu appelle aujourd’hui, de Daniel Cadrin, seront aussi à l’honneur. Mais pour l’instant, voici l’extrait promis :

La Bible raconte quelques histoires où les animaux prennent la parole. La plus connue est certainement celle du serpent du livre de la Genèse, qui incite Ève à goûter au fruit défendu (Genèse 3). Dans un des récits, nous retrouvons une ânesse qui prend la parole; mais contrairement au serpent, celle-ci remplit un rôle fort sympathique.

[lire Nombres 22, 21-34]

Qui est l’ange du Seigneur?

L’Ancien Testament utilise couramment cette expression pour désigner Dieu lui-même sans le nommer directement. C’est un moyen narratif pour le faire agir, tout en sauvegardant sa transcendance.

Des légendes urbaines

Pourquoi Balaam est-il en danger de mort s’il touche l’ange du Seigneur? Il y a de nombreuses « légendes urbaines » au sujet de Dieu, qui font partie de la culture biblique. Plusieurs textes indiquent que voir Dieu peut mener à la mort. C’est d’ailleurs pour cette raison que, dans ce récit, Balaam ne peut le voir. S’il le pouvait, il serait déjà mort! Toucher à Dieu peut même entraîner cette funeste conséquence. Un autre récit biblique (2 Samuel 6, 3-10) illustre cela, en racontant la mort de quelqu’un qui a touché à l’Arche de l’Alliance pour l’empêcher de tomber par terre . Dieu est si grand que le simple fait de le voir ou de le toucher est une expérience menant à la mort.

L’âne, un guide spirituel

Curieusement, cette restriction ne semble pas s’appliquer à l’ânesse, puisqu’elle peut voir la manifestation de Dieu. Elle va même jusqu’à se laisser battre par son maître afin de l’empêcher d’entrer en contact avec l’ange du Seigneur. Dans notre culture, les ânes sont vus comme des animaux peu intelligents et entêtés. Au contraire, dans le monde de la Bible, ils sont présentés de façon très positive. L’âne est une bête utilisée pour le travail et, surtout, il est le compagnon de voyage par excellence. Les évangiles font entrer Jésus à Jérusalem sur un âne, faisant écho au prophète Zacharie (9, 9) qui évoquait l’humilité d’un messie pacifique monté sur un âne. Dans le récit de Balaam, l’ânesse voit l’ange du Seigneur alors que le prophète ne le voit pas. Bref, l’âne serait un animal capable de discerner la présence de Dieu mieux que les humains. Bien que la présence de l’âne et du bœuf dans la crèche ne soit pas biblique, certaines interprétations ont fait des liens entre le récit de l’ânesse de Balaam et l’âne de la crèche, qui percevrait mieux l’identité véritable de Jésus que les humains qui l’entourent.

Voir Dieu

Le passage sur l’âne de Balaam nous aide certainement à comprendre le genre littéraire du récit utilisé dans le livre des Nombres. Normalement, dans les récits historiques, il n’y a pas d’animaux capables de parler. Nous sommes de toute évidence dans un texte qui s’apparente à la fable. Son but est de transmettre un message à travers un récit qui n’est certainement pas à prendre au pied de la lettre. Quel est le message transmis? Il s’agit assurément d’un encouragement à reconnaître la présence surprenante de Dieu autour de soi et à le respecter comme il convient.

La présence de Dieu est surprenante et difficile à voir dans notre vie. Comme Balaam, je ne peux pas voir Dieu avec mes yeux. D’ailleurs, j’ai tendance à me méfier de ceux et celles qui voient Dieu partout, comme si sa présence allait de soi. Le discernement est de mise. Pour ma part, j’ai appris à relire mon histoire pour voir comment Dieu a pu être présent sur mon chemin, même lorsque je ne l’avais pas vu.

Image: Philippe Leroyer, Zombie Walk (077) – 31Oct09, Paris (France)

2 Comments

  1. Cela prouve que tout peut être interpréter de mille et une façon, bonne ou mauvaise

  2. Pour avoir un aperçu de mon interprétation de Matthieu 27,50-54 : Les signes apocalyptiques de ce récit sont une anticipation de la fin des temps et de la résurrection des morts. La conviction des chrétiens est que la crucifixion n’est pas une catastrophe, mais une victoire. Tous les bouleversements décrits par le texte témoignent de la grandeur de l’événement de la mort-résurrection de Jésus. Paradoxalement, la mort de Jésus est source de vie. Elle rend possible la résurrection. http://www.interbible.org/interBible/decouverte/insolite/2015/insolite_150410.html

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