Cultiver la confiance

Quelle attitude adopter devant les importants défis qui marquent notre époque ? Dans un billet précédent, je vous faisais part de mon attitude résolument optimiste, mais lucide, devant l’état du monde, malgré le pessimisme que peuvent provoquer les actualités. C’est dans ce même esprit que Pierre Prud’homme a écrit Cultiver la confiance (Novalis, 2018), un recueil de prières bien ancrées dans nos préoccupations contemporaines.

L’auteur est issu du Mouvement des travailleuses et travailleurs chrétiens (MTC) du Québec, un mouvement d’action catholique directement inspiré par la spiritualité ignacienne et sa célèbre approche devant les défis de la vie, soit celle du « Voir-Juger-Agir ». Les équipes de base, qui se trouvent sur l’ensemble du territoire québécois, se réunissent régulièrement pour partager une spiritualité ouverte axée sur la dignité humaine et la quête de justice, dans une perspective d’action sociale et citoyenne.

C’est donc à partir des rencontres de travailleuses et de travailleurs de partout au Québec que l’auteur a composé ses prières. L’effet est décapant, car la perspective, au ras des préoccupations de tout un chacun, est à la fois brûlante de lucidité et emplie d’espoir malgré l’urgence des sujets couverts. Aucun thème n’est trop sensible pour être abordé : la corruption, la solitude, le choc des cultures, le gaspillage alimentaire, l’immigration, les bouleversements climatiques, etc. Pour vous mettre en appétit, lisez par vous-même la force de ces prières :

Esprit créateur de l’univers, […] Insuffle en nous ton amour de ce joyau qu’est ta Création. Ne permets pas que nos sentiments d’impuissance ponctuels nous entraînent sur la pente du découragement, de la démission et de l’indifférence. […] Dans cet élan d’affection pour notre planète, que chaque moment de formation sur ces enjeux constitue dans notre tête et dans notre cœur des « Je t’aime » adressés à nos enfants et petits-enfants, qui auront à vivre avec les conséquences de nos choix individuels et collectifs.

Les croyants de toutes les religions (et même les non-croyants) peuvent s’approprier ces prières écrites dans une perspective laïque, car la soif de justice qui les anime n’est pas exclusive au christianisme. Elles peuvent donc nourrir — et réunir — des assemblées très diverses. Mais elles ne déploient toute leur pertinence que si elles inspirent l’action sociale chez ses lecteurs.

Cultiver la confiance est le deuxième recueil de prières tirées des rencontres du MTC écrit par Pierre Prud’homme, le premier étant Libérez l’avenir (Bellarmin, 2006). Par la qualité des réflexions qu’on y retrouve et l’engagement manifeste dont il témoigne, cet ouvrage est un legs admirable que laisse ce mouvement à notre société assoiffée d’une spiritualité incarnée et juste.

Image : Une Histoire de Confiance, Stéphane Picot (2010)

2 Comments

  1. « La main des diligents dominera, mais la main lâche sera tributaire. » (proverbes 12:24)

    N’ayant pas lu ce livre, je ne peux me fier qu’à l’exemple de prière donné dans ce résumé. Mais si l’ensemble est de la même mouture, alors il y a problème. On ne peut confier à la prière ce qui relève de notre devoir premier, celui d’agir, sinon nous nous faisons tributaire de la volonté divine et procédons par procuration. Confier à la prière notre volonté de faire, c’est en partie renoncer et adopter une posture d’attente. C’est l’image du Dieu distributeur dans lequel on introduit une prière et attend le résultat espéré. L’apathie contenue dans cette prière est déroutante. Je crois qu’il y a une marge entre espérer en Dieu et demander à Dieu. D’autant que les choses ne vont comme je veux mais comme Il veut (Matt 26:39). La sagesse populaire ne dit-elle pas « Aide toi et le ciel t’aidera ». St-Paul n’a pas prêché l’Évangile dans l’attente d’une nourriture quotidienne fournie par la prière. Il fabriquait des tentes. Tant mieux si ce livre éblouit par la beauté de ses textes, mais il me semble en-deça du pragmatisme pratiqué par les pauvres, ces pauvres qui ont beau prier n’obtiennent pas davantage que la veille.

    Au fond, ces prières dédouanent le croyant confortable de son devoir d’être acteur, de s’impliquer activement au cœur des enjeux qui bouleversent notre monde. Je prie donc je suis, à l’image de ces nouveaux moines qui justifient le détournement de la charité publique à leur profit sous prétexte qu’ils prient pour le monde. Or, ce n’est pas ce que signifie partager le pain des pauvres. Mais je m’éloigne de mon sujet premier. Gardons à l’esprit que nos jours sont fait de travail et que se délester de nos intentions dans la prière n’est autre chose qu’un déni de devoir, une lâcheté destinée à alléger ce rôle qui incombe à tout chrétien, celui de marcher vers son prochain par l’entraide, l’écologie, l’amour et que sais-je encore mais toujours avec courage. Bref.

  2. J’ai besoin de me rendre utile!!
    Merci d’être réaliste!
    Et de m’éclairer autant!!

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