Comètes: une nouvelle collection

Il se publie tellement de livres chaque année… Impossible d’être à jour, au sens strict. Même si le flot se tarissait subitement, le volume d’ouvrages qu’il « faudrait » avoir lu, ne serait-ce que les classiques de la littérature mondiale, découragerait notre prétention à l’exhaustivité.

L’œuvre d’auteurs de livres largement plébiscités est elle-même moins connue que l’on croit. Dans l’ombre des chefs-d’œuvre de ces derniers se cachent souvent des opuscules qui mériteraient d’être découverts.

C’est un peu l’intuition à l’origine de la nouvelle collection Comètes de Novalis : remettre en lumière des textes de grands auteurs qui furent jugés mineurs ou seconds par rapport à leur maître-ouvrage, mais qui, avec le recul, brillent avec un éclat nouveau.

Voici une brève présentation des sept premiers titres que compte la collection.

Vie de Mahomet, Alphonse de Lamartine. Qu’est-ce que peut bien avoir à dire le grand poète romantique français sur l’islam en général, et sur le fondateur de cette religion en particulier ? De fait, si l’on cherche dans ce livre (à l’origine un chapitre d’un ouvrage plus volumineux) un portrait historiquement juste de Mahomet, on risque d’être déçu : Lamartine se laisse volontiers aller à son imagination, et sa reconstitution date sévèrement. L’intérêt de ce livre, magnifiquement rédigé comme on pouvait s’y attendre de la part de Lamartine, est dans la bienveillance du poète envers la figure de Mahomet, son effort pour en dégager une inspiration capable de relancer la quête spirituelle de l’Occident. Alors que le trésor spirituel du christianisme devenait de moins en moins accessible en raison de l’écran que formait une Église de plus en plus rétrograde et hostile à la modernité, l’islam possédait encore un charme exotique pour les Romantiques; la figure de Mahomet, son destin d’homme chargé d’un message divin, avait de quoi fasciner. Bref, le texte de Lamartine peut être lu aujourd’hui comme une invitation à la « bonne foi méthodologique » envers l’étranger, voire comme un encouragement à puiser à toutes les sources de richesse spirituelle authentiques. Ce n’est pas rien, dans un contexte où le dialogue interreligieux devient de plus en plus crucial pour nos sociétés.

Le chemin de la vie, Léon Tolstoï. C’est là le dernier livre de l’auteur d’Anna Karénine et de Guerre et paix. En fait, il n’a même pas eu le temps d’en corriger les épreuves. Mais au cours de ces dernières années de vie, alors qu’il était de plus en plus habité par un sentiment de culpabilité lié à ses privilèges et à sa gloire, par un élan de plus en plus irrésistible vers davantage de simplicité, Tolstoï a minutieusement rédigé cette synthèse de sa pensée spirituelle, morale, religieuse. Des réflexions personnelles côtoient des citations d’auteurs que Tolstoï considérait comme sages.

Mémoires de Luther écrits par lui-même, Jules Michelet. Dans un pays catholique comme la France du XIXe siècle, Luther n’avait guère bonne presse. Mais certains intellectuels, dont l’historien Jules Michelet (pas encore tout à fait anticlérical à cette époque), étaient séduits par cette figure complexe et éminemment moderne. Cinq cents ans après le début de la Réforme, il est curieux de découvrir Luther sous la plume de Michelet, qui tente d’en faire l’image même de la renaissance de l’Occident chrétien.

L’humilité de Dieu, François Varillon. Voilà une œuvre beaucoup plus près de nous, chronologiquement et en termes de sensibilité. On plonge avec plaisir dans cette œuvre étrangement peu connue, dans cette suite de méditations sur ce Dieu qui n’est tout-puissant que dans la mesure où il se fait toute-faiblesse par amour.

La Religion de l’Homme, Rabindranath Tagore. Cet ouvrage se présente comme un assemblage cohérent de conférences que le poète et intellectuel bengali a données dans les années 1930. Tagore est l’exemple même du penseur capable de rassembler les intuitions fondamentales au cœur des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale et de toutes les grandes religions et de les fondre en une « sagesse-synthèse » qui se veut avant tout humaniste – et poétique.

Le sable et l’écume, Khalil Gibran. Rédigé après Le Prophète, ce livre regroupe 322 aphorismes griffonnés puis polis au cours des années. Un exemple d’aphorisme : « La première pensée de Dieu fut un ange.Le premier mot de Dieu fut un homme. »

Le Notre Père, Simone Weil. À mon avis, voilà le petit joyau de la nouvelle collection. Weil commente la prière chrétienne par excellence à partir de sa version grecque. Pourquoi la version grecque, alors que la version latine a inspiré tant decommentaires marquants au cours des siècles ? Parce que pour Weil, la Grèce classique a représenté un moment de grâce dans l’évolution culturelle et spirituelle de l’humanité, et que pour bien comprendre le génie de l’Évangile, dernier monument littéraire grec, il est utile d’entrer dans le génie particulier de cette langue.

Image: zemt-fr, C2014Q2-50x20s-c8hyper-comete-traite (2015)

1 Comment

  1. Interessant, j’espère pouvoir en lire qq’uns….
    En effet, j’ai le dernier, François, politique et société, sur ma table en attente….
    L’hiver peut arriver…
    Merci et bonne journée !

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