Le champ de la beauté

Certains voyages servent à nous détendre. Nous en faisons d’autres pour travailler ou pour étudier. Peu importe la teneur du voyage, la plupart du temps, ce sont les rencontres que nous faisons qui façonnent le souvenir que nous en gardons. Imaginez alors toute la richesse des voyages spirituels ! C’est à ce type de réflexions que nous convie Laurence Freeman dans son récent livre Le champ de la beauté (Fides, 2018).

L’auteur, bien connu, est un moine bénédictin de l’abbaye de Turvey en Angleterre. Par contre, il a aussi la particularité de diriger la World Community for Christian Meditation, une organisation spirituelle mondiale qui pratique quotidiennement la méditation. Par conséquent, voilà un moine qui est appelé à voyager souvent hors des murs de son monastère. Dans ses propres mots, il vit « dans un monastère sans murs ». Le ton de l’ouvrage est donné.

Ce dernier se présente comme une série de courtes vignettes qui présentent différentes expériences de l’auteur lors de ses voyages à travers le monde pour enseigner aux groupes la prière contemplative. Écrits dans un style à la fois clair et engageant, avec un humour très typiquement anglais, ces récits donnent une dimension nouvelle aux voyages et permettent de découvrir des lieux hors des sentiers battus.

Des favelas meurtrières du Brésil à un casino irlandais perdu au fin fond de la brousse australienne, en passant par Sarajevo et Bangkok, l’auteur nous convie à l’accompagner et à trouver de quoi méditer partout où nous allons. L’un des récits du moine bénédictin fait même écho à celui de Claude Paradis dans Confessions d’un prêtre de la rue (Novalis, 2018) qui a passé quelque temps à Salvador de Bahia, au nord-est du Brésil, avec les pauvres et les marginaux !

Le récit de sa visite dans un pénitencier californien situé en plein désert pour recevoir comme novice un prisonnier est particulièrement touchant. En voici un extrait :

« Après un autre chant et un autre échange, Russ a été reçu comme novice. On lui a remis la Règle et la médaille de saint Benoît, et il a signé sa charte. […] Nous sommes ressortis dans la cour sous un soleil de plomb, passant devant les gangs et les gardiens peu souriants. Un terrain de jeu cauchemardesque qui aurait pu servir de décor à l’un des cercles de l’Enfer de Dante. Tout avait été mis en place pour que l’on s’attende au pire de la nature humaine. J’ai dit au revoir à Russ, qui a souri bienheureusement, rempli de la grâce du moment qu’il venait de vivre. »

Le champ de la beauté nous rappelle toute l’importance de s’arrêter, de prendre le temps de méditer, et de s’ouvrir aux beautés du monde, peu importe l’endroit où nous sommes ou le contexte dans lequel nous nous trouvons. Car c’est dans les endroits les plus inattendus que Dieu se manifeste, et qui de mieux qu’un moine bénédictin anglais, féru d’humour et d’intériorité, pour être notre guide ?

Image : Contemplation…, Neily.j (2017)

1 Comment

  1. La prière méditative me semble un repli sur soi salutaire, une mise en présence avec le Père, un moment de solitude qui nous livre nu, sans ces artifices qui composent le mondain ou le perclus de certitudes. Livré à Son regard, à rebours du nôtre, elle nous recompose comme une nouvelle hymne. Encore faut-il se rappeler des mots une fois exprimé de notre réclusion. N’est-ce pas là le grand défi de la prière? La mémoire de ce qui fut dit, demandé et promis?

    La prière méditative révèle la distance entre le projet d’être et être tout simplement, entre le pendant et l’après prière en donnant la pleine mesure de qui nous sommes véritablement. Suspendus dans les filets de la miséricorde, nous ne subsistons en tant que croyants que par Sa grâce qui nous porte d’un espoir à l’autre, nous insuffle les engagements en nous confiant le devoir de rapprochement. Car ce dernier n’appartient pas à la prière mais aux œuvres, à cette croissance en Christ qui mène à Lui. L’espoir inspiré dans le dialogue de la prière doit trouver forme dans l’action sans quoi il n’est que souffle sur une terre stérile.

    Ce défi quotidien est une beauté dont le champs est infini à l’échelle de Dieu mais fini à celle de l’Homme. Il ne dure que le temps d’une vie, celui du combat pour le salut.

    Il me semble du moins.

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