Aux origines de la Torah

Une tension en quête d’équilibre existe entre exégèse biblique et méditation de la Parole.

L’exégèse, en nous entraînant dans les diverses hypothèses de rédaction de chaque livre de la Bible, dégage non seulement des pistes essentielles pour mieux interpréter les Écritures, mais nous rend également moins naïfs par rapport à l’histoire « sainte ».

Mais l’exégèse ne saurait se suffire à elle-même, du moins pour un croyant. Ses grilles d’analyse, bien que riches et diversifiées, ne peuvent prétendre à un discours d’autorité sur le sens des scènes bibliques. Quand l’exégèse s’aventure sur cette pente glissante, elle cesse d’être exégèse, ou s’arroge des droits qu’elle ne possède pas.

D’où la méfiance de certains croyants envers une science qui, pour eux, assèche le cœur et désacralise la parole de Dieu. Heureusement, nul n’a besoin de choisir son camp : science ET foi, analyse ET méditation font bon ménage; il suffit que chacun sache rester à sa place.

Une pareille tension teinte les relations entre deux sciences comme l’exégèse et l’archéologie. À laquelle doit-on céder le dernier mot ? Si l’archéologie conclut que nulle muraille ne fut détruite à Jéricho autour de la fin du deuxième millénaire, que faire avec l’épisode biblique de la conquête de cette ville ?

On répliquera, avec raison, que cet exemple souligne une tension entre l’archéologie et une lecture justement non exégétique de la Bible, et non entre l’archéologie et l’exégèse. Absolument, mais il s’avère que même les sciences n’ont pas toujours la maturité d’en rester à leur méthodologie, et qu’en conséquence, des conflits, souvent idéologiques, explosent de temps à autre entre deux champs du savoir.

Ce fut particulièrement le cas à la fin du XIXe siècle, alors que l’archéologie naissante a donné lieu à l’émergence d’une branche bien spécifique : l’archéologie biblique. L’objectif de celle-ci était sinon de prouver par l’archéologie la véracité des textes bibliques, du moins de faire de l’archéologie guidée par les indications bibliques.

On peut aisément s’imaginer l’ampleur du désastre, même si la quête de certains chercheurs pour retrouver les restes de l’arche de Noé caresse notre penchant pour le conte épique. Après quelques décennies, les deux sciences, archéologie et exégèse, ont bien vu que leur alliance précipitée sapait toute leur crédibilité, et les tenants des deux camps se sont dès lors retirés dans leur solitude respective.

Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui. Les deux sciences ont acquis leur maturité propre, et peuvent désormais partager leurs précieuses données et conclusions toujours fragiles sans prétendre à l’hégémonie. Et cette rencontre fructueuse entre archéologie et exégèse est justement le sujet du tout récent Aux origines de la Torah, d’Israël Finkelstein et Thomas Römer (Novalis, 2019).

L’ouvrage s’ouvre sur deux chapitres qui circonscrivent le terrain de rencontre des deux sciences. Puis les deux grandes traditions aux origines d’Israël, celle d’Abraham et Jacob, puis celle de Moïse et de l’Exode, sont examinées sous les regards croisés de l’archéologie et de l’exégèse.

L’ouvrage ne s’adresse certainement pas aux chrétiens fondamentalistes et heureux de l’être, car la minceur du noyau historique constituant les patriarches bibliques n’est pas dissimulée. On y conclut même que Yahvé fut probablement une divinité importée par les Hébreux ! De quoi instaurer avec le texte biblique une distance qui peut être saine, mais aussi trop décapante pour certains.

L’argumentation est parfois quelque peu technique, et exige du lecteur passablement d’attention, sinon de culture biblique. Il manque également une conclusion générale pour mieux lier les six articles regroupés dans le livre. Quoi qu’il en soit, voilà un exemple réussi d’allers-retours entre archéologie et exégèse, susceptible d’alimenter une méditation spirituelle qui ne craint pas les remises en question.

Image:Roberto Saltori, Umm Qais (2018)

1 Comment

  1. Bonjour monsieur Jonathan!
    Merci pour vos résumés forts éclairants!
    Excellente journée et que Dieu vous garde!
    Égoïstement MargueriteRaymond.

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