Aimer c’est tout donner

Aimer c’est tout donner (Novalis, 2015). Ce n’est pas tant un livre qu’un livre-événement. Ce recueil de brefs témoignages de 80 religieux et religieuses suisses est tombé entre les mains du Saint-Père; ce dernier l’a parcouru avec un sourire approbateur et enthousiaste. Depuis, on se l’arrache. L’appui pontifical en a fait le livre quasi officiel de l’année de la vie consacrée, qui se poursuivra jusqu’en novembre prochain.

L’intérêt du livre réside dans le fait qu’en une petite heure à peine, on fait à peu près le tour des motivations que peut avoir un homme ou une femme d’Occident pour plonger dans la vie consacrée aujourd’hui. Les témoignages choisis, agrémentés de photographies sympathiques (du genre : sœurs jouant au baby-foot), sont parfois d’une extrême banalité, mais ils rendent un son vrai.

Au terme de ce parcours en forme d’éclair, je suis frappé par une constante : beaucoup de témoignages reflètent ce qui peut d’abord apparaître comme un paradoxe : la vie consacrée est à la fois mouvement et enracinement. Les religieux et religieuses cherchent Dieu, mais dans un espace et un mode de vie plutôt fixes.

Michel de Certeau, dans La faiblesse de croire, appelait cette double dimension le geste et le lieu de la vie religieuse. Ou alors le partir et la pratique communautaire. Je cite le célèbre jésuite extensivement, car les pages du chapitre « Une figure énigmatique » sont, à mon avis, l’introduction idéale à Aimer c’est tout donner :

« Cette expérience [du « Que jamais je ne sois séparé de toi »], le religieux la choisit pour place. C’est là qu’il s’installe et c’est là-dessus que, pour parler comme l’Évangile, il bâtit sa maison. Il mise socialement et publiquement sur ce numéro-là. Tel est son lieu d’élection – un lieu, de fait, bien étrange et bien fou, comme chaque fois qu’il s’agit d’amour. La décision d’être toujours, le plus possible, au plus près de cet acte peut recevoir beaucoup de modalités différentes. Elle se trouve chez des croyants ou chez des hommes qui ne se posent d’aucune manière le problème de Dieu. Elle a des formes « religieuses » et d’autres, chrétiennes, mais sans la transcription publique et sociale que lui donnent des religieux. Dans sa particularité, la vie religieuse comporte, je crois, deux éléments complémentaires. D’une part, c’est un geste; d’autre part, c’est un lieu. Le geste, c’est de partir, et on n’en a jamais fini. Le lieu, c’est une pratique communautaire, un partage actif, l’instauration d’un « faire ensemble », et cela aussi est toujours à reprendre. »

Photo: DionisyA Great Schemamonk via Devin Scherck

2 Comments

  1. Merci beaucoup pour avoir partagé un extrait du texte de Michel de C. C’est vrai que ce serait une belle introduction.
    signé: une des religieuses qui a témoigné dans ce recueil.

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