À la table du pape François

Un livre de cuisine du pape François… vraiment ? À première vue, le projet semble pousser un peu trop loin le marketing pontifical, ou encore l’exploitation commerciale de l’image d’un homme qui, pour être le leader spirituel le plus influent de la planète, ne possède pas pour autant tous les talents du monde. Et pourtant, quiconque ouvre le tout nouveau À la table du pape François. Ses histoires et ses recettes pour donner du goût à la vie (Novalis, 2018), doit bien convenir que l’affaire est sérieuse, et bel et bien digne d’attention.

Une mise en garde, tout de même : l’inconditionnel des livres de cuisine trouvera celui du pape passablement plus verbeux qu’un ouvrage de Ricardo. Si l’on y cherche exclusivement des recettes, on le trouvera peu généreux; non pas que celles-ci constellent trop chichement les 200 pages du bouquin, mais entre un risotto au safran et un gâteau aux noisettes du Piémont, le lecteur se voit offrir nombre d’anecdotes et de récits tirés de la vie du pape.

Et c’est ce qui fait le principal intérêt du livre, au fond : on en apprend beaucoup sur le quotidien de Jorge Bergoglio à différentes étapes de son existence, et sur le rôle quasi sacré qu’y a joué la nourriture – ou, plus précisément, les repas partagés, en famille, avec ses étudiants, sa communauté, des pauvres, etc.

On découvre ainsi que le futur pape dut cuisiner pour toute sa famille lorsque sa mère paralysa après un accouchement; que tout petit, il rêvait de devenir boucher; qu’à 16 ans, il s’inscrivit à un cours de chimie alimentaire; etc.

En toile de fond, l’ouvrage fait un peu d’histoire (par exemple : l’influence de l’immigration italienne sur la gastronomie argentine) et un peu de philosophie également, car notre rapport à la nourriture est riche de significations humaines fondamentales. C’est vrai, à fortiori, pour les chrétiens dont le rite principal, l’eucharistie, s’appuie sur un type bien particulier de « banquet ».

Et les recettes, dans tout cela ? Je suis bien mauvais juge en la matière, ne fréquentant pas assidûment ce genre de littérature. Mais je crois ne pas me tromper en disant que la plupart des recettes proposées affichent un même souci de simplicité et « d’authenticité », si on peut dire. Ainsi, le lecteur ne tombera certainement pas sur la recette secrète du bar rayé servi chez Toqué!, mais plutôt sur celle de poulet au four que le pape François croit tenir de sa mère.

Détail technique : quelques ingrédients pourraient s’avérer difficiles à trouver dans nos supermarchés nord-américains, mais quand c’est le cas, du moins la plupart du temps, un ingrédient de substitution est suggéré.

Bref, difficile de résister à cet horrible cliché, utilisé « à toutes les sauces », mais qui se révèle juste cette fois : voilà un ouvrage qui rassasie tant le corps que l’âme !

Le dernier mot revient au pape, qui réjouira les disciples de la dive bouteille :

« Vous imaginez finir la fête en buvant du thé ? Non, ce n’est pas possible ! Sans vin, ce n’est pas une fête ! »

Image: Wall_Food_10213, Michael Stern (2014)

2 Comments

  1. Wow. Ça donne le goût d’acheter ce livre….j’attends Celui sur la sainteté lundi prochain…
    je suis en train de meubler une tablette de ma bibliothèque avec les livres de François….😁
    Merci Jonathan, si jamais, tu as envie d’essayer un plat, je me propose comme dégustatrice 😂
    Bonne fin de semaine !

  2. Pourquoi ne pas avoir choisi la recette secrète de la sauce chez Da Giovanni? Toqué est une table élitiste où le seul fait de paraître nourrit avant tout la vanité des arrivistes. Et puis, il y a cette mendicité qui circule devant les mangeurs, exposée au spectacle de l’argent, au drame de l’exclusion. Ces lieux d’abondance appartiennent aux indifférents, aux chrétiens confortables. J’ose croire que cette référence malheureuse n’était que théorique.

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