Vivants grâce à Dieu

Il y a des manuscrits qui doivent être publiés. Non pas parce qu’ils aident la maison à rentabiliser ses activités, ou parce qu’ils rejoignent une large part du lectorat d’un éditeur; mais parce qu’ils expriment quelque chose d’essentiel, d’une manière absolument cohérente, et qu’ils manifestent donc, avec une clarté singulière, la raison d’être d’un groupe de presse.

C’est le cas de Vivants grâce à Dieu (Novalis/Lumen Vitae, 2018), de François Odinet, jeune prêtre du diocèse du Havre. L’ouvrage livre les découvertes de l’auteur, parti à la recherche de traces insoupçonnées d’Évangile dans l’expérience de méditation collective de la Bible par des personnes très pauvres ou en situation de détresse.

La démarche est plus singulière qu’il n’y paraît à première vue. Sa pertinence devient plus évidente quand l’on prend conscience que les interprétations des textes bibliques nous proviennent toujours de sources relativement « privilégiées » : autorités ecclésiales, exégètes, théologiens, auteurs spirituels, etc. Bref, même si, suivant Enzo Bianchi qui signe la préface, « notre foi tient pour essentiel le fait que l’Évangile est une bonne nouvelle pour les pauvres, annoncée par des moyens pauvres », notre rapport au texte biblique est finalement très peu inspiré par les regards et les réactions des plus démunis.

Le fait tient certainement en partie au peu de crédibilité que l’on donne aux interprétations spontanées et peu informées, dans un domaine qui fut dominé, pendant de longs siècles, par la parole « experte » des clercs.

Et si les pauvres avaient une autorité naturelle en matière d’herméneutique de la parole de Dieu ? Et si leur soif de salut leur donnait une sensibilité accrue et irréductible pour entendre des échos inouïs de la Bonne Nouvelle ?

Odinet explore ces pistes en rendant compte de ses recherches, alimentées principalement par l’observation et l’écoute de ce qui se déroule dans la Famille Bartimée, un groupe fraternel rassemblant des personnes en situation de précarité. La forme de l’ouvrage reste près de celle du mémoire de maîtrise d’origine. Cette option éditoriale peut étonner, car presque toujours, il convient de transformer les structures un peu sèches de l’exercice universitaire en un essai plus agréable à la lecture. Mais dans le cas présent,  il s’agissait avant tout de préserver la place centrale occupée par la parole des gens pauvres, ce que le passage du mémoire à l’essai aurait menacé.

Par-delà un respect nouveau pour les fruits d’une méditation collective de la Parole par les personnes pauvres, la lecture de Vivants grâce à Dieu suscite une confiance renouvelée en nos propres forces vives en matière d’herméneutique… pour autant que nous soyons ouverts à nous approprier la Parole dans le cadre d’une expérience partagée. Car le sensus fidei, le « flair de la foi », est le véritable fondement de l’autorité de toute interprétation biblique, et ne se manifeste que là où « deux ou trois sont réunis en [son] nom ».

Image: Happy times, Cavarka Muni (2007)

2 Comments

  1. Merci Jonathan. Pleinement d’accord. L’Esprit de Jésus est à l’œuvre dans les cœurs simples où il a de l’espace pour agir. Ça me donne des projets. Gérard Laverdure

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