Le psaume du matin… et les 149 autres

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Je ne crois pas être le seul lecteur de la Bible à entretenir une relation privilégiée avec le Livre des Psaumes. Parmi les 73 livres qui constituent la Bible dans sa mouture catholique, les psaumes se classent facilement dans mon « Top 5 ». Par ailleurs, je sais de sources sûres que des prêtres, plus ou moins constants dans la prière de leur bréviaire, y reviennent parfois pour se replonger dans l’atmosphère de larmes, de sang et de folle espérance de ces poèmes.

Les écrits bibliques, dans leur ensemble, se distinguent des différents corpus de littérature sacrée de l’Antiquité par leur lucidité au sujet des forts et des puissants. Les psaumes possèdent ce même regard critique, mais le niveau relativement bas de complaisance à l’égard de tout un chacun s’y exprime avec une crudité extrêmement suggestive. Autrement dit, on y « parle vrai ». On ne dissimule pas les sombres torrents faisant gonfler le cœur humain qui crie vers les cieux.

De nombreux ouvrages existent sur les psaumes, souvent des études très poussées. Mais comme on n’a jamais fini d’épuiser ce que ces œuvres recèlent comme potentiel expressif, notamment pour la vie de foi, deux nouveautés nous sont arrivées au mois de mars dernier : Les psaumes, prières vivantes (Novalis, 2017), de Mgr Paul-André Durocher, et Le psaume du matin (Novalis/Fidélité, 2017), de Paul-André Giguère.

La première nouveauté est en fait une trilogie : en trois volumes, l’archevêque de Gatineau médite sur chacun des psaumes, l’un après l’autre. Pour ce faire, il emprunte l’antique méthode des « quatre sens des Écritures ». C’est là un choix qui m’a d’abord surpris, car depuis les Pères de l’Église, disons que l’herméneutique s’est considérablement enrichie… Cependant, l’auteur réussit à revitaliser cette approche en divisant ses commentaires en quatre courtes sections intitulées « À l’origine », « À la lumière de l’Évangile », « Dans ma vie » et « Dans le plan de Dieu ». À terme, voilà des livres, publiés en anglais et en français, qui déploient les psaumes avec une sensibilité originale, l’auteur n’étant pas bibliste mais liturgiste et surtout évêque.

Quant à la seconde nouveauté, au lieu de s’étendre à l’ensemble des psaumes, elle en choisit un, et s’y tient. En l’occurrence, le psaume 95 (94), bien connu de tous les ecclésiastiques, car c’est le psaume invitatoire, celui qui, grosso modo, ouvre l’office des matines (chez les religieux) ou celui des laudes (pour les séculiers). « Seigneur ouvre mes lèvres / Et ma bouche publiera ta louange… »

Tout un livre sur un seul psaume ? Oui, car après plus de 50 ans de fréquentation matinale de ce texte assez complexe, l’auteur a accumulé énormément d’intuitions, qu’il aime déployer de long en large, patiemment mais sans lourdeur. Le plus étrange, c’est qu’on ne referme pas la dernière page du livre avec la certitude de le connaître sous toutes ses coutures. Cela est sans doute dû au fait que Paul-André Giguère réussit à nous faire pressentir la profondeur inépuisable de ce poème, qui l’a tenu en haleine pendant plusieurs décennies.

Bref, deux nouveautés absolument complémentaires, l’une revisitant l’entièreté du psautier, l’autre plongeant à fond dans le mystère d’une seule de ses parties.

Image: James Walsh, Morning (2014)

2 Comments

  1. Merci Jonathan, tes commentaires me donnent le goût de m’en procurer un.

  2. J’ai eu la grâce d’en porter et d’en parler quelques-uns il y a quelques années.
    J’ai lu ceux attribués à David et à Salomon mais ce sont les voix de ceux dont on dit qu’ils sont anonymes dans lesquels j’ai retrouvé les voix de mon père et de ma mère et celles de leurs frères et de leurs soeurs et de toute cette immense famille des humains que nous sommes aux lèvres serrées et aux poings fermés mais qui s’ouvrent et prennent formes de fleurs qu’on nomme prières.
    On se retrouve en quelques sorte dans la peau de Jacob lors de son combat avec l’ange duquel il ressort ni vainqueur ni vaincu mais nommé Israël « celui qui a lutté avec Dieu » .
    J’aime que Dieu y soit familier et de plein pied avec nous.
    Ils sont silencieux comme le sont les nuages lointains mais qui se font grondants au fur et à mesure que l’orage s’approche et que le ciel éclate de pluie pour l’allégresse de la terre et des êtres qui rendent actions de joie.
    On l’appelle « le livre des psaumes » mais « le livre des louanges » est aussi son nom.

    Mon préféré le 131

    « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme tranquille et silencieuse; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais. »

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