Cher pape François

Quiconque côtoie des enfants, dans le cadre familial ou professionnel, le sait bien : leurs questions peuvent nous laisser véritablement pantois.  Parfois, c’est qu’ils nous interrogent à partir d’un angle inusité. D’autres fois, c’est par le biais de « mais pourquoi ? » qui font bafouiller.

C’est embêtant quand on doit faire face à leurs questions sur le coup, évidemment moins quand on a le luxe de réfléchir à notre réponse. Tout de même, à cause de la singulière simplicité de leurs interrogations, formuler une réponse vraiment satisfaisante, qu’on ait le temps de méditer ou non, relève souvent du tour de force.

Dans Cher pape François, en librairie depuis vendredi, c’est au tour du Saint-Père de relever ce défi que connaissent bien tous les parents et éducateurs du monde. Il répond à des lettres d’enfants de 6 à 13 ans, provenant du Pérou, des Philippines, de la Belgique, etc. Chaque missive est accompagnée d’un dessin illustrant – à des degrés fort divers ! – la question posée.

Évidemment, on y retrouve de tout. La jeune Prajla d’Albanie, par exemple, demande au pape s’il aimait danser quand il était enfant. Voici sa réponse :

Beaucoup, chère Prajla ! Vraiment beaucoup ! J’aimais la compagnie des autres enfants, avec qui je dansais des rondes, mais aussi des danses traditionnelles argentines. J’amusais tellement ! Plus tard, jeune homme, j’ai beaucoup aimé le tango. Tu sais, la danse exprime la joie et le bonheur. Quand on est triste, on ne peut pas danser. En général, les jeunes gens ont une très grande ressource: la capacité à être heureux. Et pour cette raison, quand on est jeune, on danse pour exprimer la joie du cœur.

Même le roi David dansait. Il a fait de Jérusalem la Ville sainte et il y a apporté l’Arche d’Alliance en une procession solennelle. Et le roi David s’est mis à danser devant l’Arche. Il ne s’est plus soucié du protocole. Il a oublié de se comporter comme un roi, et s’est mis à danser comme un petit enfant ! Mais quand sa femme, Mikhal, l’a vu sauter et danser, elle a critiqué David et l’a méprisé au fond de son cœur. Son sérieux était une sorte de maladie, que j’appelle le « syndrome Mikhal ». Les gens qui ne savent pas exprimer leur joie sont toujours sérieux. Dansez maintenant, les enfants, pour ne pas être trop sérieux quand vous serez grands !

Pas mal, quand même. Une question anodine devient le prétexte d’une critique envers l’esprit de sérieux – une maladie qui n’épargne pas, tant s’en faut, les milieux ecclésiastiques.

D’autres questions sont d’emblée un peu plus difficiles. Ainsi, notre fier représentant du Canada, Ryan, demande au pape François « ce que faisait Dieu avant la création du monde ». Pas si évident à expliquer à un enfant – ni à un adulte ni à soi-même au fait !

Bref, un ouvrage qui ne manque pas de charme, et qui recèle même quelques intuitions tout à fait nourrissantes pour les plus grands.

Image: [extrait de la couverture]: Dear Pope Francis, Loyola Press (2016)

4 Comments

  1. WoW, sa réponse sur la danse est charmante tout en laissant le,goût d’aller relire ce texte.

    Ton billet me donne le goût de lire ses réponses.

    Même les ados posent des questions.

    Toi qui as lu ce livre, est-ce qu’il serait intéressant à proposer à nos pasteurs ?

    Merci Jonathan de lis tenir au courant.

    Bonne dernière tempête, espérons!

  2. Je regrette de ne pas partager l’enthousiasme délirant de certains mais je demeure sur mon appétit quand à la conclusion que vous tirez lorsque vous écrivez: « Une question anodine devient le prétexte d’une critique envers l’esprit de sérieux – une maladie qui n’épargne pas, tant s’en faut, les milieux ecclésiastiques. » Combien j’aurais souhaité un simple « parce que… » doublé de quelques exemples. Les sous-entendus sont porteurs de tant de dérives qu’il m’apparaît parfois essentiel de mettre les points sur les i.

    Je vous espère un bon printemps.

    • Nul besoin d’exemple ici, M. Lalonde – sans quoi il serait facile de manquer à la charité. Si vous n’avez pas fréquenté les milieux ecclésiastiques qui, par ailleurs, sont tonifiants à d’autres égards, je vous rappelle la parabole du pharisien et du publicain, ou alors Mt 6, 6 – qui peuvent tous les deux être aisément entendus dans le sens d’une critique de l’esprit de sérieux, presque toujours un des visages de l’hypocrisie.
      Bon printemps à vous également, bien qu’on en soit loin ce matin !

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