Pour les siècles des siècles

« L’amour sans éternité s’appelle angoisse ; l’éternité sans amour s’appelle enfer. » (Gustave Thibon)

Mon père est décédé il y a maintenant presque 7 mois, laissant un appel à le rejoindre. Je crois à l’éternité. Même si le soleil s’éteint et que l’univers un jour ne sera qu’un froid absolu, je crois en une vie éternelle.

Pas la vie éternelle des transhumanistes. Celle-là m’apparaît irréalisable et complètement folle. Non je ne rêve pas d’être un cerveau dans un bocal de métal, avec des yeux, des oreilles, des bras bioniques, comme si le corps pouvait accepter toutes les transformations… L’homme de 100 millions de dollars, c.-à-d. celui qui pourra se payer tout cela…

Même si j’avais l’argent, cela ne m’intéresserait pas. Parce que je crois avoir rencontré Dieu un jour, un être de relation, qui m’a appris que rien ne pourra m’apporter le bonheur si ce n’est cette relation. Et depuis, je suis pas mal plus heureux.

Je suis père de deux enfants, bientôt d’un troisième, et je sais qu’ils sont éternels, que chacun pourra choisir de vivre avec les autres, heureux pour toujours, qu’il y aura un moment très difficile qui s’appelle la mort, qu’une vie sert à préparer, pour que la procédure de son acceptation vienne dépouiller tout ce qui nuit à la joie la plus grande. « Tu aimeras ton Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force », et « ton prochain comme toi-même ». Je crois qu’il n’y a pas de plus grande joie que celles-là. Je crois que mon père y est déjà. Moi, il me reste probablement quelques décennies à vivre, à regarder mes enfants pousser, grandir, et je l’espère, se préparer aussi pour l’éternité. Je serai heureux de leur présenter mes grands-parents qu’ils n’ont pas connus.

Lors d’un voyage fait au pays de mes ancêtres, dans le petit village presque inhabité dans les montagnes pyrénnées, il y avait une vieille église et, coup de bol, une messe y était célébrée ce dimanche-là. J’ai pu voir des habitants. Dans son homélie, le prêtre parla de la prière pour les ancêtres décédés, de ne jamais les oublier. Près du cimetière de mes aïeux, cela m’a touché. Je les verrai eux aussi un jour.

Malgré toute cette joie, il y a l’envers de la médaille. J’ai traité des « chasseurs de démon » dans un article, je pourrais aussi parler des chercheurs de démon. Oh, je n’ai pas besoin de m’inventer de secte luciférienne ou satanique farcie d’adorateurs ténébreux… Je crois qu’il suffit d’un élément pour choisir le refus de tout, sauf de soi : l’orgueil. Je crois à l’humilité de l’amour et de la joie. Je crois qu’on peut refuser cet amour et cette joie, pour le pouvoir de haïr et de ne dépendre que de soi, y voir une sorte de grandeur et de liberté…

J’ai peur qu’un jour un membre de ma famille, un proche, fasse ce choix, qui parfois, s’insinue progressivement, est le résultat d’une multitude de petits décisions qui façonnent une personnalité pour devenir Le choix de la solitude par orgueil. Celui de ne servir personne, ce qu’implique toute relation, toute dépendance mature et choisie. Vivre l’indépendance absolue…

Je crois qu’il y a des gens marchant sur ce chemin. Ils ont voulu la jouissance de leur orgueil accompagnée inséparablement de la souffrance infinie d’une solitude totale et sans amour, entourés de la haine de ceux qui ont pris tranquillement, et de plus en plus froidement,  la même décision, voulant être leur propre dieu, forcément tous en compétition les uns avec les autres et cherchant à détruire tout ce qui ne les sert pas. Le Non serviam fondateur de toute destruction implique que tout doit nous servir…

J’espère retrouver mon père un jour, mon grand-père que j’ai bien connu et mes autres grands-parents. J’espère être heureux un jour en leur compagnie. J’espère que mes proches et mes enfants feront un jour le choix de m’y rejoindre.

J’espère qu’ils regarderont dans la même direction, vers le Père éternel qui nous attend tous pour nous réunir, non pas dans une confusion, mais dans une fusion d’amour laissant à chacun sa personnalité, sa personne.

C’est l’héritage que m’a laissé mon père, cet appel à le rejoindre dans l’éternité viagra prix officiel. Il m’a montré le visage d’une humilité qui grandissait, au fur et à mesure que sa maladie dégénérative l’emportait.

Pour ton exemple d’une vie donnée, en cette fête des pères, merci papa. Prie pour que je fasse les bons choix dans la vie, que jamais la souffrance ne m’endurcisse, pour que j’aille te retrouver un jour là où n’entrent que ceux qui ont retrouvé leur cœur d’enfant. Et pour que je puisse un peu donner l’exemple à mes enfants d’une vie pour les autres, avec soi. Amen.

Image : Carl Jones, Star Shower (2007)

4 Comments

  1. Ah! les discours pérennes.

    Jamais je n’aurai la prétention de me substituer au Père et prétendre à mon éternité. Inversement, jamais je ne prétendrai à la damnation des autres. Qui suis-je pour juger? C’est montrer beaucoup d’orgueil que de vous projetez, vous et votre tribu familiale, dans les bras du Père avec l’espoir de vous revoir comme si chaque génération portait la sainteté. D’ailleurs, je m’étonne de ne pas y lire votre mère ou votre grand-mère. Cette filière patriarcale qui vous transporte du Père à votre père et grand-père, ces références aux ancêtres, presque au mythe fondateur expriment tant ce besoin de conforter une identité sexuelle mis à mal par les contre-discours. À quoi rime cette sécurité du lignage? Rien n’est linéaire. Cette féerique continuité, à laquelle vous semblez croire, nous maintiendrait encore aujourd’hui au plus creux des cavernes. Si cet idéal immobiliste existait vraiment, il n’y aurait pas l’Histoire. Or, notre monde est précisément le fait d’une succession de ruptures, c’est à dire autant de ferments de progrès qui élèvent les générations les unes après les autres. Et le progrès n’est pas le fait du diable.

    Je clos en vous rappelant qu’il n’y a qu’un Dieu et nous sommes tous ses enfants. Croyez-le ou non, vous êtes mon frère. La famille chrétienne excède les frontières étroites dans lesquelles vous semblez vous enfermer. Craignez l’esprit d’état de siège et découvrez que la véritable semence vient du cœur.

    Amitié.

    • Bonjour M. Lalonde, je relève quelques points sur lesquels nous ne sommes pas d’accord. 1 — Vous dites, comme si vous opposiez l’éternité à la damnation : « Jamais je n’aurai la prétention de me substituer au Père et prétendre à mon éternité. Inversement, jamais je ne prétendrai à la damnation des autres. » Selon ce que je crois, tous sont éternels, les damnés aussi…
      2 – »C’est montrer beaucoup d’orgueil que de vous projetez, vous et votre tribu familiale, dans les bras du Père avec l’espoir de vous revoir comme si chaque génération portait la sainteté. » Ste-Thérèse disait que c’était un blasphème de ne pas croire à notre salut, si nous faisons de notre mieux en cette vie.
      3 – »D’ailleurs, je m’étonne de ne pas y lire votre mère ou votre grand-mère. » Merci pour le jugement que vous portez sur moi, mais si je parle plus particulièrement de la lignée paternelle, ce qui n’est absolument pas un mal en soi, c’est que c’était la fête des Pères en fin de semaine, que je parlais des ancêtres décédés (ma mère est toujours, heureusement, vivante), et que j’ai bien connu mon grand-père paternel, ce qui est moins le cas de mon autre grand-père et de mes grands-mères. Devrais-je réécrire la réalité pour la rendre conforme à une pensée politiquement correcte ? 4 — Vous dites : « expriment tant ce besoin de conforter une identité sexuelle mis à mal par les contre-discours. » Je ne vois pas ce que l’amour des ancêtres, ce terme couvrant les ancêtres paternels et maternels, a à voir avec la « confortation de l’identité sexuelle »… On peut imaginer des liens entre tout, mais celui-là, je n’y avais pas pensé. 5- Enfin je suis parfaitement d’accord avec votre dernier paragraphe et ne vois rien dans le texte qui semble le contredire… si ce n’est que je ne vois pas de quelles frontières ou de quel état de siège vous parlez. Enfin je termine en me demandant si vous condidérer l’amour des pères comme quelque chose de mal en soi…

  2. Bonjour M. Laffitte,

    je ne cache pas que cette référence à Sainte-Thérèse me touche profondément. Faire de son mieux! Il y a quelque chose d’intensément humain dans l’acceptation de nos limites, comme une intégrité qui double le message de la foi. Toutefois, l’enfer est pavé de bonne volonté et il ne suffit pas de prétendre à l’éternité pour y accéder. Ce doute qui m’anime appartient à l’espérance (je ne dis pas la crainte), celle que je porte en le jugement du Père. Dans l’échelle des limites humaines, ils y a celles qui conduisent à la chute. Mais cette chute ne concerne pas le propos des hommes, seulement celui de Dieu. Nous ne pouvons nous accaparer les prérogatives du divin. Je suis devant et ne serai jamais à côté, c’est là la place du Christ. Par soucis de miséricorde, dans l’espoir d’incliner Sa volonté, j’ai prier pour Monsieur Mateen, celui-là même qui a commis le massacre d’Orlando. Croyez-bien que je ne cherche pas à marchander mon salut en tentant de racheter celui des autres. Mais penser à mon prochain avant moi-même, lui offrir l’amour qui lui a fait tant défaut me révèle à Dieu sous un angle que la simple pratique des jours laisse dans l’ombre. Cela explique mes sensibilités épidermiques à l’égard de ceux qui prétendent contribuer au salut des autres par leur seul exemple. Chercher à se projeter dans l’autre comme si notre projet personnel était pérenne, qu’il pouvait conduire notre prochain au pied du trône céleste, c’est présumer beaucoup de nous-mêmes. Pourtant, les siècles ont largement démontré que l’ange peut engendrer le démon et que le lignage, aussi vertueux soit-il, n’est gage de rien. Que voulez-vous, trop nous ont précédé pour que j’adhère à votre angélisme.

    Certes, à rebours, vous pouvez invoquez votre mère et ses descendantes. Mais dans les faits, votre raisonnement est patriarcal. Ce n’est pas un tort. Revendiquer ses conservatismes est un privilège démocratique et loin de moi l’envie de vous en priver. Je devine que ce titre de père, de géniteur disons-le, vous situe dans une cosmogonie qui n’est pas la mienne. Comme je l’écrivais hier sur Facebook, « Entre paternité satisfaite et paternité responsable, il y a cet enfant qui ne veux faire l’objet d’aucun enjeux. La Fête des pères, c’est aussi un moment de réflexion… » Car il y a enjeux. Cet enfant qui est le vôtre (je cherche la mère) porte votre projet, vos attentes jusque dans sa finalité naturelle et spirituelle. Mais qu’advient-il lorsque ces enjeux croisent des obstacles qui le font dévier, je dirais s’émanciper, en marge du cadre étroit de vos références. Votre paternité, telle que je la lis, s’inscrit dans l’attente et non l’espérance, il y a obligation de résultat. Dans ce Dieu-distributrice vous introduisez un comportement exemplaire dans l’attente de la vie éternelle. Je n’y crois pas et l’affirmer n’est pas un blasphème. Vous, vos enfants et votre lignage êtes au creux de Sa main et y êtes pétris selon Sa volonté. Chaque joie, chaque épreuve vous convie à marcher vers Lui dans l’espérance et non la certitude d’être digne des promesses de Jésus-Christ.

    Pour clore, je m’avoue heureux que vous nous reconnaissiez frères et c’est à ce titre que je me confie à vous, sous le regard de tous, dans l’espérance de l’accueil. Nous devinons nos différences, nous connaissons nos distances mais comme je vous l’ai déjà écrit, celles-ci sont sources de progrès puisqu’elles confinent au dialogue.

    Je vous salue, M.Laffitte, et que Dieu vous bénisse.

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