Un jeune Messie… qui tombe de haut!

COLLABORATION SPÉCIALE: Jocelyn Girard, membre de l’équipe diocésaine de pastorale du diocèse de Chicoutimi.

Quand on considère la vie de Jésus de Nazareth, deux approches semblent s’affronter : l’une dont le point de départ est la vie humaine de Jésus (« vrai homme »), prenant conscience peu à peu de sa mission et la voyant également prendre une direction pas forcément connue ni décidée complètement dès l’origine; l’autre dont le commencement est en Dieu, qui, du ciel voit les humains ne cesser de s’embourber dans leur péché et décide de leur envoyer un sauveur (« vrai dieu »).

Les évangiles offrent tour à tour des indices de cette polarité en tension. Par exemple, on voit en Marc un Jésus plutôt dépouillé d’attributs qui relèvent du merveilleux, hormis sa capacité de faire des guérisons… Il n’apprécie pas trop qu’on l’enferme dans une identité catégorique. Il semble même se chercher un peu. À l’opposé, on voit en Jean un Jésus qui ne répugne pas à s’auto-affirmer Fils de Dieu. Le prologue du 4e évangile dit clairement que Jésus est le « logos » divin (le « Verbe ») qui s’est incarné pour venir illuminer le monde.

Le jeune Messie est tiré du roman d’Anne Rice. Il met en récit des situations assez réalistes si on regarde le film à partir de la « christologie d’en haut », celle qui fait descendre Dieu sur terre en son Fils unique viagra est il efficace. Il part du principe que les récits de l’origine de Jésus relatés en Matthieu et Luc sont historiques : l’annonce de l’ange à Marie, le songe de Joseph, la naissance à Bethléem, les mages d’Orient, le massacre des nouveaux-nés par Hérode, la fuite en Égypte. Le film est comme une petite incartade dans la vie de la « sainte famille » alors que Jésus a sept ans. Suite à des incidents survenus dans leur exil, ils doivent rentrer à la maison, à Nazareth.

Puisque l’enfant est engendré par Dieu lui-même sans intervention humaine, il va alors de soi qu’il détient des pouvoirs spéciaux, comme tous les demi-dieux de l’Antiquité. Il peut, d’une simple parole, faire chuter à mort un jeune garçon qui s’en prend à sa cousine et le ressusciter ensuite pour tenter de réparer les choses. Mais alors il devient pointé du doigt comme agissant au nom du diable! Il peut guérir par une étreinte son oncle sur le point de mourir. Il peut déjà à cet âge faire la leçon aux rabbins par une intelligence hors du commun. Bref, on retrouve plus ou moins un Jésus « adulte » en ses capacités, mais dans un esprit d’enfant qui cherche à comprendre ce qui lui arrive. On peut sentir le merveilleux constamment présent, même si c’est par de petites actions ou simplement en se tenant debout fermement devant le centurion romain qui a la charge de le tuer depuis que le roi Hérode Antipas a su qu’un enfant avait échappé au massacre, sept ans auparavant!

Le film ne manque pas de nous émouvoir. Certains passages ne peuvent que susciter la compassion et parfois l’indignation. L’enfant et sa famille sont témoins d’agressions armées, de répressions violentes, de crucifixions. Ils doivent sans cesse se cacher pour éviter d’être identifiés. Jésus veut absolument aller au Temple de Jérusalem, un peu comme le grand des évangiles, avec l’intuition que c’est là que la révélation de sa mission lui serait confirmée.

L’histoire inventée repose, bien entendu, sur l’imagination dévote de l’auteure, « revenue » à la foi catholique en 1998. Elle est construite sur une lecture littérale des évangiles de même que sur une méditation de certains récits apocryphes de l’enfance (les pouvoirs magiques de l’enfant, la virginité perpétuelle de Marie, son frère Jacques clairement identifié comme un cousin et d’autres indices du même genre).

Pour moi qui cherche à communiquer de manière crédible ma foi chrétienne, je n’ai trouvé que matière à réfutation dans ce film. Au-delà de ses décors, ses costumes et sa trame somme toute assez palpitante, il y a peu à offrir à la méditation des gens, en particulier des non croyants. Or, pourquoi fait-on un tel film? Pour convaincre de croire ou simplement pour alimenter – et profiter – d’une religiosité maintes fois mise en question par l’Église elle-même?

Car l’Église est prudente. Elle encourage à nous tourner sans cesse vers le Christ, Jésus, vrai homme ayant vécu les mêmes tourments et les mêmes joies que vivent les humains. Si Jésus était déjà Fils de Dieu au moment de vivre les trois années de sa vie de prophète et sage itinérant, c’était le plus souvent de manière voilée, discrète et incertaine. Ce n’est que par une véritable rencontre avec celui qui est devenu le premier Vivant sorti de la mort que nous pouvons regarder sa vie en projetant notre foi sur ce qui a précédé.

Difficile donc d’envisager, comme pour tous les péplums d’Hollywood, des scènes bibliques ou pseudo-bibliques dans une mise en œuvre qui laisserait croire que « c’est comme ça que les choses se sont passées ». Nous n’en savons rien et il vaut peut-être mieux en rester là.

Sans vouloir manquer de respect aux croyants qui auront apprécié la dimension spirituelle de ce film, ni prétendre à une connaissance plus authentique de la vérité historique, si j’avais voulu vraiment me donner un temps de ressourcement sur une belle fable avec un enfant au centre, peut-être aurais-je dû plutôt aller voir le Petit prince…

Image: Laura Dahl, Young Jesus Teaching at the Temple (2005) [William Hunt]

13 Comments

  1. Merci Jocelyn… merci pour cette belle analyse… merci d’être là… tu est souvent lumière…

  2. J’aurais tant aimé que tout ce film soit vrai. Mais entre le roman et le mystère de Dieu, ma foi me fait choisir le mystère. J’avance comme si je voyais invisible.

  3. Comment donc créer une visualisation intelligente des récits d’enfance ?

    • Pourquoi le faudrait-il? Les évangiles n’en parlent pas. Par curiosité? Cela vaut-il la peine de s’y plonger sans témoignages valables pour une telle quête?

  4. Vous n’avez pas vu le diable dans ce film? C’est lui qui a fait trébucher le jeune garçon sur une pomme… Jésus n’a jamais possédé de pouvoir magique mais divin. Les foules affluaient pour entendre Jésus. Il était très connu et Jean le baptiste, également.

    • Oui, bien sûr que j’ai vu le diable, mais il m’aurait fallu au moins un paragraphe supplémentaire pour en parler et ainsi allonger mon propos de manière non pertinente. Cette « copie » du diable de La Passion selon Mel Gibson, hormis que celui-ci est plutôt beau gosse, ne change pas grand chose au récit. De dire que le diable était aux trousses du Christ dès son enfance, et de cette manière, ne fait qu’ajouter à la dimension fantastique du film. Je vous dirais même que l’auteure Anne Rice a peut-être voulu éviter de rendre son jeune Messie responsable de la mort du jeune garçon en rendant le diable coupable, alors que dans les récits apocryphes, l’enfant Jésus provoque effectivement de telles tragédies! Enfin, vous parlez d’un Jésus aux pouvoirs divins que les foules venaient entendre et là vous me rejoignez, il s’agit bien du Jésus adulte, celui que nous présentent les évangiles.

  5. C’est très beau pour le cœur et permet de croire en un monde meilleur. Mon fls de 12 ans m’a dit pendant la projection «  »maman dimanche je vais aller à la messe avec toi » ». Il a écouté avec son coeur, mission accomplie. Moi je le recommande.

  6. Moi j’ai beaucoup aimé ce film sur la vie de Jésus petit. Oui je sais que c’est Juste un film, mais ce film parle de Jésus . As t il besoin d’être grandiose? as t il besoin d’être SPECTACILAIRE? Il est simple tout comme Jésus l’est. C’est un bon moment , et même si petit soit il, comme tu semble le dire..il porte un message. Tu accorde beaucoup d importances aux messagers: Les sources, la provenance Qui a fait ??..mais , et en ce qui me concerne je préfère le message . Cela me fait penser à une parabole: Mais que peut-il sortir de bon dans Nazareth….?? ah c est hollywoodien..ah c est évangélistes..ah c est juste si ou ¸¸ca.. Une histoire raconter avec amour , tout simplement est déjà belle a mes yeux.Le jeune Messie pour moi est un bon film ou je me suis bercé dans l’amour de cette famille toute simple. Je n’alait pas voir un documentaire mais un film..pour moi le déplacement en a valu la peine, et s’il m’est possible je vais revoir ce film avec joie.

Répondre à Nicole Sénécal Annuler la réponse.