Ravel, Offenbach et les autres

« Mon  » Boléro  » devrait porter en exergue : enfoncez-vous bien cela dans la tête! » (Maurice Ravel)

Je n’aime pas la musique de Ravel. À quelques exceptions près, dont la Pavane pour une infante défunte qui me rappelle un peu Satie. Plusieurs de ses chinoiseries musicales où il me semble chercher l’exotisme pour l’exotisme me paraissent superficielles.

Mon petit bonhomme de 5 ans vient de me contredire sur le sujet.

À peu près son âge, mon père m’avait initié à la musique classique par des disques de la compagnie Érato, le compositeur et son œuvre si je me souviens bien, qui racontait ces vies agrémentées de pièces musicales, une façon extraordinaire de découvrir et de retenir une musique, par la correspondance baudelairienne entre les sons, la couleur des images et l’histoire.

Comme mon père ne rigolait pas avec notre éducation musicale et le sérieux de la chose, le premier disque qu’il m’offrit racontait la vie d’Offenbach, et me fit découvrir les mélopées entrecoupées de chansons moqueuses de la Périchole, la folie de la duchesse de Gérolstein ou de la Belle Hélène, la tristesse des contes d’Hoffmann, et le french cancan… sans les danseuses bien entendu!

Offenbach, le « Mozart des Champs-Élysées » selon Rossini, conserve une place à part pour moi dans la musique classique

Par la suite, nous découvrîmes une autre série de disques sur lesquels on pouvait lire : « Qui s’instruit, s’enrichit » (on raconte vraiment n’importe quoi aux enfants…). Dans cette collection, je me souviens m’être battu aux côtés des grognards de Napoléon au son de la symphonie héroïque de Beethoven et avoir accosté le Nouveau Monde de Dvorak accompagné de Christophe Colomb.

Depuis cet âge de la découverte, mes goûts musicaux se sont développés et mes préférences m’ont refermés, malheureusement dirait certains, sur ce qui me plaît. Exit Ravel.

Aussi, quand j’ai apporté ce petit livre-disque sur Ravel et son œuvre à la maison, j’ai quand même eu la curiosité de voir comment mon enfant allait réagir en l’écoutant. J’ai été très déçu…

J’avais beau vouloir fermer le lecteur de disque, baisser le son, vouloir amener mon enfant voir les classiques « Bugs Bunnyens » à la télé, rien n’y fit. Il écoutait la vie de Ravel, tournait les pages, me posait des questions sur ce qu’il voyait et entendait… Et toujours cette musique…

Après une demi-heure, je n’en pouvais plus, me disant que la prochaine fois, en parent responsable, je lui achèterais un jeu vidéo sur les arts martiaux japonais pour l’ouvrir sur le monde…

Alors si vous voulez connaître ma critique de ce livre-disque de Ravel, je vous dirais que c’est totalement insupportable si vous ne fermez le volume lors des passages musicaux. Il y a, il faut l’admettre, de très beaux silences sur ce disque et des faits très intéressants sur la vie de Ravel, le livre étant également bien imagé.

Mais mon fils semble inexplicablement avoir apprécié. Alors je vais faire un second effort, m’ouvrir les yeux et les oreilles, et tenter de retrouver cette écoute de ma jeunesse, alors que je découvrais avec émerveillement toutes ces histoires, ces musiques et ces images d’univers complètement différents de ma réalité d’enfant de cinq ans… Mon enfant a encore bien des choses à m’apprendre…

Ravel, le jardin féérique, éd Bayard, coll. J’aime lire, 2016.

Image : Pierre Marcel (Les compositeurs) 2007

5 Comments

  1. Que vous considériez « La valse », le « Bolero », « Daphnis et Chloé » ou le « Concerto pour la main gauche » (2e mouvement) comme des chinoiseries, de l’exotisme pour l’exotisme, vous situe socialement. Je n’en dis pas plus et laisse ces milliers de mélomanes qui comblent les salles de concerts à travers le monde juger de vos propos. Veuillez excuser mon indignation, je ne crois pas au nivellement par le bas.

  2. Bonjour M. Lalonde, je respecte votre indignation, mais je ne crois pas que le fait de ne pas priser Ravel constitue un nivellement par le bas. Simplement une question de goût musical. Parmi ses proches contemporains français (ou suisse), je préfère la musique de Chabrier, de Satie, d’Honneger, de Vincent D’Indy, je n’aime pas tellement celle de Darius Milhaud. Et j’apprécie certaines pièces de Poulenc. Mais la musique de Ravel en général me laisse pour le moins indifférent. Et je serais bien curieux de savoir où je me situe socialement…

  3. Bonjour M. Laffitte, être blogueur est une responsabilité importante car vous diffusez des propos qui, par votre position, se font crédibles au regard de plusieurs. Il ne s’agit pas d’aimer ou non Ravel, à chacun ses goûts. Mais réduire le génie d’un compositeur reconnu mondialement à des chinoiseries vous singularise et vous ramène au rang de ceux qui croient que la musique classique est sans émotions (votre texte précédent). À connaître si peu la musique vous devriez vous abstenir d’en parler. Ces compositeurs que vous nommez à la file dans votre réponse tranchent sur les goûts pompiers que vous affichez à l’égard d’Offenbach et du Cancan. Pardonnez-moi mais je n’ai pas ce gout particulier des froufrous. Ne vous fâchez pas si je dis que socialement vous semblez appartenir à ceux qui improvisent et prétendent. Ce n’est pas déchoir que d’appartenir au commun. Pourtant, il vous arrive de produire des textes d’une très grande qualité. De grâce, ne faites pas flèche de tout bois sous prétexte de vous faire universel.

  4. Bonjour M. Lalonde, nous allons nous entendre tout de suite sur un point ! Je ne suis pas un expert d’aucune forme de musique. Connaître les musiciens, les interprètes, en plus des compositeurs et des œuvres, ne suffit pas pour se réclamer d’une grande expertise dans le domaine, tout comme connaître intellectuellement des recettes, avoir ses goûts, ne fait pas de nous un bon cuisinier ! Aussi, je ne prétends pas appartenir à une élite musicale, je connais la différence (mon père en plus de son métier, était pianiste pour ses amis. Il avait remporté un concours pour son interprétation de la 2e rapsodie hongroise de Lizt. Il a tenté de m’infuser cette oreille parfaite qui était sienne, entre autres par l’écoute commentée de plus d’un millier de disques…). Mais il y a des choses innées que l’on ne peut acquérir… Par contre, non, je n’improvise pas lorsque j’énumère ces compositeurs que j’aime écouter. Je pourrais vous parler autant des symphonies d’Honneger, de sa cantate de Noël, de ses accompagnements des œuvres de Claudel, du piano de Chabrier ou de celui de Satie, de la symphonie cénévole de Vincent d’Indy, entre autres. Si un simple amateur ne peut se permettre de discuter franchement de ses goûts musicaux… Je me rappelle un bon ami de mon père qui lui affirmait que Chopin l’endormait profondément, alors que mon paternel jouait avec délice tout son répertoire, mazurkas, valses, polonaises… Et cela n’a jamais entaché leur amitié.

    Enfin, je vous retourne la balle. Est-ce que je dois vous demander de vous abstenir de parler de musique parce que vous réduisez l’œuvre d’Offenbach, son génie mélodique que l’on retrouve également dans sa musique de chambre et dans ses lieds que ne renierait pas Schubert lui-même, à des froufrous et des goûts pompiers ?

    Je vous remercie de vos commentaires des plus intéressants, mais je crois que nous divergeons d’opinion sur la liberté d’expression de véritables amateurs que nous sommes tous deux, selon votre commentaire sur Offenbach que je viens de lire…

  5. Je salue votre dernier paragraphe. Il vous honore et me conforte. Ne vous ai-je pas déjà écrit que nos différents sont sources de progrès puisqu’ils conduisent au dialogue? Je crois que tant de feu vous drape davantage dans la dignité que dans l’orgueil. Au fond, tout est question de mesure et à diverger comme nous le faisons, nous nous toisons comme des enfants. Je reconnais d’emblée que je n’ai pas la science musicale infuse et qu’à l’instar de tous je porte mes limites. Mais l’enjeu n’est pas là. Il siège dans le choix des mots. Je ne bute pas sur vos opinions mais sur leur mise en forme. Certes, vous avez ce courage de revendiquer vos excès en votre nom propre. Peut-être ai-je la lâcheté de me rattacher au nombre pour défendre mes opinions. Alors, où nous croisons-nous? Uniquement sur le terrain de la liberté expression de véritables amateurs, comme vous le dites si bien. La question est large.

    En terrain neutre, cette liberté s’autorise beaucoup au détriment ou à l’avantage de tant de choses. Mais voilà, un blogue n’est plus ce champs neutre du moment qu’il magnifie la parole du blogueur. Or de votre salon, le poids des mots « exotisme » et « chinoiserie » est amplifié par la crédibilité que vous accorde votre statu de blogueur. Vous êtes public, ce qui vous oblige à davantage de retenue. Ce rapt de l’opinion en matière de musique (et je pourrais m’étendre sur d’autres textes) n’est pas acceptable. Au mieux devriez-vous proposer des pistes de réflexions, des voies de consensus, mais jamais cette rupture qui n’est que la vôtre. Il est fini ce temps où on énonçait en chaire des vérités sans nuances. Le monde est pluriel et marcher vers lui pose une multitude de problèmes allant de l’abandon de soi à la conquête de l’autre. Plus rien n’est en noir et blanc alors que tout tend à se définir en zone grise. Écrire pour les autres, écrire aux autres, c’est surtout dialoguer avec les autres. Après tout, vous espérez des réponses. Alors, laissez-nous un peu d’espace dans vos opinions…

    Je ne peux que vous remercier pour votre infinie patience. Une excellente journée à vous.

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