La poupée de mariage

Certains films imparfaits sont trop adorables pour ne pas emporter notre adhésion. Je ne parle évidemment pas de la catastrophe annoncée de Warcraft ici – bien que je visionnerai ce dernier un jour ou l’autre, par devoir envers l’enfant qui a passé tant d’heures à anticiper la prochaine attaque d’orcs sur son ordinateur. Je pointe surtout en direction de Wedding Doll (La poupée de mariage), un film du réalisateur israélien Nitzan Gilady, à l’affiche au Québec depuis vendredi (voir la bande annonce sur le site Médiafilm).

Synopsis :

Dans un village reculé d’Israël, Hagit, une jeune femme souffrant d’une légère déficience intellectuelle, bricole de minuscules poupées à l’effigie d’une mariée en rêvant de porter elle aussi, un jour, le voile nuptial. Avec l’assistance de sa mère, Sarah, qui la protège de manière excessive en raison d’un mélange toxique d’amour, de culpabilité et d’impuissance, elle se rend chaque jour de la semaine à une manufacture de rouleaux de papier hygiénique où elle travaille pour presque rien. Là-bas, elle rejoint son patron, mais surtout le fils de ce dernier, Omri, avec qui elle lie une romance secrète. Lorsque l’entreprise menace de fermer ses portes, Sarah gère difficilement les velléités d’indépendance de sa fille, tandis qu’Omri, à la croisée des chemins, se voit forcé de clarifier son attachement pour Hagit, progressivement confrontée à ses illusions.

Le film peut retenir l’attention, tout d’abord, parce que baignant dans la lumière dorée du désert du Néguev et du sourire irrésistible de Moran Rosenblatt, c’est un drame mâtiné de fable fort émouvant. Malgré quelques ratés au montage et une pudeur dans le regard qui, bienvenu à plusieurs égards, rend les personnages un peu trop minces pour le bien de l’ensemble, il est l’occasion de quelques scènes saisissantes.

Mais la grande force de Wedding Doll est de mettre en scène, avec une sobriété admirable, la souffrance des innocents et le tourbillon de violence qu’ils déchaînent autour d’eux, dans un monde qui n’a pas la hauteur morale pour les accueillir. On pense instantanément aux grands classiques que sont L’Idiot, de Dostoïevski (adapté par Kurosawa) ou Au hasard Balthasar, de Bresson.

Quand un innocent est bafoué, difficile de ne pas en faire un personnage christique. À la différence que la volonté, face au mal, a un rôle différent à jouer dans le cas du Christ et dans celui de Hagit. Mais peu importe : la révélation de la « cruauté ordinaire » par le biais de l’innocence, c’est-à-dire du refus ou de l’incapacité de jouer le jeu de la « méchanceté socialement acceptable », provoque toujours un effet aussi décapant sur l’âme. On sort donc du visionnement de ce film avec le soupçon que nous-mêmes, nous piétinons bien des fleurs dans nos déambulations – parfois même avec la meilleure volonté du monde.

Un artiste qui fait émerger ce type de sursauts de conscience peut être certain qu’il a réussi quelque chose d’important.

Image: Tirée de la bande-annonce, copyrights AZ Films

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