Je me souviens ?

Jeudi soir dernier, je suis allé voir la pièce 887, de Robert Lepage (à lire, le compte rendu de mon collègue Thomas Campbell). Magistral ! Si l’on peut parfois reprocher à Lepage de faire un tel usage de la technologie que le théâtre s’efface au profit du spectacle, ce n’est pas le cas cette fois, dans une œuvre à la fois émouvante et dérangeante sur la mémoire, individuelle et collective.

À un certain moment, peu avant que le protagoniste joué par Lepage lui-même déclame viscéralement le poème « Speak White », de Michèle Lalonde, il évoque, sur un ton excédé, la devise québécoise : « Je me souviens, je me souviens… je me souviens de quoi ?! »

Ce personnage n’est ni le premier ni le dernier à estimer que la devise du Québec a quelque chose d’ironique, ou résonne comme un vœu pieux. C’est un peu pourquoi Novalis lancera, la semaine prochaine, une nouvelle collection, justement baptisée « Je me souviens ». L’oubli qu’il est question de corriger est celui du rôle incommensurable des religieuses et religieux d’ici dans le développement tant du Québec que d’autres pays, par l’intermédiaire des nombreux missionnaires.

Le mythe de la Grande Noirceur a beau perdre des plumes chez les historiens, plusieurs ont encore l’impression que le Québec d’avant la Révolution tranquille était uniformément enténébré par la bêtise et la domination du clergé. Si l’on doit, à juste titre, mettre le doigt sur de nombreux abus et des mentalités appelées à évoluer, il demeure que cette époque fut également marquée par des œuvres lumineuses de générosité.

Grégoire Viau, réalisateur de longue date à Via le monde, une boîte de production spécialisée dans la mise en valeur des peuples de tous les continents, s’attaque donc à ce devoir de mémoire en proposant, deux fois par saison éditoriale, de petits livrets renfermant une suite de rencontres avec des témoins marquants, mais peu connus, de cette période.

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Ainsi, d’ici quelques jours, arriveront en librairie Le malade, c’est Jésus !, et Missionnaires en pleine révolution. Le premier titre est consacré aux religieuses ayant assuré l’essentiel des soins de santé pendant plusieurs décennies, notamment les Sœurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception et les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph. Le second s’intéresse aux missionnaires ayant œuvré au cœur des dictatures sud-américaines au cours de la deuxième moitié du XXe siècle.

Bref, deux petits ouvrages qui ne récrivent certes pas l’histoire, mais contribuent à enrichir notre perception de pages de la nôtre, trop souvent lues en diagonale.

Image couverture: Anonyme, La salle des femmes (détail, XVIIIe siècle)

Image Missionnaires…: © Shutterstock

2 Comments

  1. Cette nouvelle collection fait œuvre de justice. Toutefois, face à une historiographie encline à relever les déficiences de la contribution religieuses au Québec, vous risquez de vous faire accuser de révisionnisme par certains courants de pensée. Relever ces piliers du service public que furent et demeurent les communautés religieuses implique du courage et de la solidarité. Je présume que vos abonné(e)s actuels recevront avec leur prochaine publication un bon de commande. Personnellement, je l’attends avec enthousiasme. Merci pour cette initiative.

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