Grâce à Dieu… la parole se libère

COLLABORATION SPÉCIALE: Rodhain Kasuba, rédacteur au Prions en Église

Le mercredi 20 mars à 10h, en compagnie de quelques personnes venues de différents diocèses du Québec, j’ai assisté à l’avant-première du film Grâce à Dieu à la cinémathèque de Montréal et à l’échange qui a suivi la projection.

Pour ceux et celles qui ont vu le film américain Spotlight (consacré aux prêtres pédophiles de Boston), Grâce à Dieu résonne comme une œuvre jumelle. Le réalisateur, François Ozon (France), traite du sujet de la pédophilie dans le diocèse de Lyon en France. Un père de famille, victime des attouchements dans son enfance, est inquiet pour ses enfants lorsqu’il découvre par hasard que son bourreau exerce toujours un ministère… auprès des enfants. Cette découverte le sidère et le méduse. Il alerte le cardinal Barbarin. Ce dernier promet de prendre l’affaire au sérieux, s’agite, pousse de profonds soupirs, mais tarde à agir. Plus tard, en conférence de presse, en marge de l’assemblée des évêques de France, l’archevêque de Lyon lâchera même, à la grande stupéfaction des journalistes, un malencontreux « Grâce à Dieu, les faits sont prescrits » (d’où le titre du film). Ses mots résonneront étrangement comme un soupir de soulagement et comme un aveu.

Le film suit pas à pas le combat acharné et intime de ces anciens scouts abusés, regroupés depuis au sein de l’association La parole libérée. Mais, si la détermination des victimes est la même, les divergences se font jour quant aux moyens d’action. Le film autorise l’expression de ces tensions.

Le personnage principal du film est en fait la parole. Le récit montre en effet comment, au cœur de ce drame, tandis que la parole se libère et évolue chez les victimes, elle se crispe de manière insupportable dans l’Église et se fait silence pernicieux dans certaines familles de la bourgeoisie lyonnaise.

Porté par des acteurs qui incarnent avec brio leur rôle, ce drame, à la fois extrêmement douloureux et éminemment politique, évoque d’une part l’emprise et le mur de silence de la hiérarchie catholique lyonnaise, d’autre part la souffrance qui est celle des victimes du prêtre pédophile, qui n’a du reste jamais nié ses égarements criminels.

Le film se termine par cette question brutale que l’enfant de François pose à son père abusé : « Papa, crois-tu encore en Dieu ? » Telle est sans doute la question que nombre de catholiques se posent aujourd’hui au regard de l’ampleur de la pédophilie dans l’Église et devant la culture du silence.

Pour une fois que la fiction rattrape la réalité, ce film mérite d’être vu (en particulier par les ministres de l’Église, les parents, les personnes exerçant une responsabilité auprès des enfants…). Il importe de mentionner que le film ne verse pas dans l’anticléricalisme. Il n’est pas non plus un implacable réquisitoire contre l’Église. Il est animé par un profond désir de reconstruction et une quête brûlante de vérité et de justice.

À l’Église de saisir la balle au bond.

Image: Talking Typography, Doc Parsons (2010)

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