À l’heure (imprévisible) des grandes questions

COLLABORATION SPÉCIALE: Valérie Roberge-Dion nous offre un extrait de son livre Entre ciel et mère. Spiritualité, vie de famille et autres acrobaties, à paraître en mars 2016.

J’appréhende la variété et la profondeur des questions existentielles de mes petits curieux. On dirait qu’elles arrivent toujours comme un chien dans un jeu de quilles. Tu tiens une conversation banale et paf, dans les dents, plongeon dans les profondeurs mystérieuses de la vie. Exemple typique : la fille de Marie-Claude, Anne, dont le papa est décédé, garde souvent mes enfants. Cet après-midi-là, je reviens du travail et pendant qu’Anne met son manteau pour partir, Flavie demande :

  • Pourquoi elle s’en va, Anne?
  • Elle s’en va souper avec sa maman, Gabriel et Nicolas.
  • Et pas son papa?

(Je l’dis, je l’dis pas? Bon, tant pis…)

  • Non, son papa n’est pas là, il est décédé.
  • …?
  • Décédé, c’est un autre mot pour dire « mort ». Quand Anne était petite comme toi, son papa a eu un accident, il avait trop de bobos pour que les docteurs le guérissent et malheureusement il est mort.
  • Mais… mais, pourquoi il est mort? Il est où quand il est mort? Le chien de Mathilde est mort aussi, est-ce qu’il est avec le papa d’Anne? Est-ce que papa Louis-Simon va avoir un accident?

Et paf, dans les dents, un beau mardi à 17 h quand mon cerveau était plutôt occupé à imaginer quoi cuisiner pour souper.

Tout parent passe par là, alors j’ai cherché de l’inspiration auprès de nos amis. J’en ai retiré des encouragements à me faire confiance, à répondre à ce genre de questions le plus honnêtement possible, dans des mots simples et personnels. Plusieurs m’ont conseillé de répondre uniquement à la question posée, sans élaborer plus loin. Pour respecter le cheminement de l’enfant. Par exemple : comment on fait les bébés? Réponse : un papa et une maman peuvent faire un bébé quand ils s’aiment très fort. Si ça suffit pour l’instant à l’enfant, on en reste là et il posera la question suivante en temps et lieu. On m’a aussi recommandé de toujours répondre quelque chose, ne serait-ce que : « C’est une bonne question, laisse-moi y réfléchir et je te reviens là-dessus rapidement. » Et évidemment de chercher et de donner suite à cette promesse… On peut aussi demander aux petits ce qu’ils en pensent, ils ont souvent des hypothèses remarquables!

En fait, il me semble qu’une des façons les plus naturelles de pénétrer la sphère du spirituel avec les enfants est de partir de leurs grandes interrogations, d’avancer à leur rythme, selon les événements déclencheurs qui se présentent à eux. Les deuils au sein de la famille, les naissances, les drames, les surprises sont autant d’occasions d’avoir la puce à l’oreille, de remarquer le point d’interrogation derrière les belles pupilles claires.

(…)

Image: Tintin44, Why (2009)

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