Dieu, Marina et la mélodie du bonheur

Je ne m’y attendais pas. Déjà peu sensible au goût de cassonade de la musique pop, je n’aurais pas cru, jusqu’à cette semaine, être convaincu par une « confession » de Marina and the Diamonds. En fait, si on me l’avait prophétisé, j’aurais eu le réflexe de répliquer: « Oui, évidemment, une autre confession on a dancefloor à la Madonna. Pas la peine de me faire écouter. »

Après tout, un coup d’œil sur les pochettes de ses deux premiers albums, et les influences de la gréco-galloise deviennent limpides : Shakira et la Madonna des années 1980. Je dis cela sans mépris : ces deux-là, et surtout la seconde, n’ont pas des carrières banales. Mais avouons-le : on est loin de Charles Aznavour, et plus encore des Confessions de saint Augustin.

Cependant, une amie, sans doute pour contrer la grisaille du début de semaine, m’a refilé « Happy ». Surprise : Marina se rapproche enfin, un tout petit peu, de Kate Bush, dont elle se réclame. C’est beaucoup plus gentil que la dramatique « Running Up That Hill », on s’entend. Mais c’est émouvant et même profond, à sa façon.

La chanteuse commence par décrire son état :

Couldn’t relax, couldn’t sit back

And let the sunlight in my lap

I sang a hymn to bring me peace

And then it came, a melody

 Une femme ne sait plus quoi faire de son corps, elle tourne en rond.  Jusqu’à ce que la grâce fasse délicatement pression sur elle : le rayon de soleil, puis, plus efficace, une mélodie. Ce n’est pas la première fois que la musique fait office de véhicule à la Providence, c’est vrai; mais je trouve toujours intéressant qu’on exploite ce filon. Ça me ramène en Terre du Milieu : dans le Silmarillion, Tolkien décrit la création de son univers, transposition du nôtre, comme le résultat d’un chant. Une vision lointainement voisine de celle de l’harmonie des sphères de Pythagore. Voire de celle de la Bible : si Dieu crée par sa Parole, pourquoi ne pas imaginer que celle-ci est chantée ?

Toujours est-il que Marina, frappée par une révélation, est propulsée dans une posture existentielle qui la rend heureuse, enfin.  Cette posture est faite d’intériorité (« I found what I’d been looking for in myself »), d’ouverture à l’autre (« Found a life worth living for someone else »; « I realize that to be happy  / Maybe I need a little company») et à l’Autre (« But I believe in divinity »; « I believe someone’s watching over me »; « I was looking for a holy ghost »).

Ça ne réinvente pas le monde, mais chaque fois que l’essentiel est exprimé avec sincérité, et sur une mélodie pas trop bête de surcroît, ça vaut le détour. Surtout que la conception que Marina semble avoir de Dieu n’a rien de moyenâgeux : en interchangeant « divinity » et « possbility », elle signifie que son Dieu est avant tout celui qui rend une vie heureuse possible.

Photo: ElfieTakesPictures, Marina, 2010

2 Comments

  1. Les vois du Seigneurs sont impénétrables et je m’en rend compte maintenant innombrables.

  2. Merci pour un beau texte, quelle joie de se remémorer les premiers « chants » dans les Silmarillions, et je vais définitivement allez écouter
    cette Marina chanter!

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